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Premier discours de Moïse (Dt 1 à 4)

Préambule et mise en marche (D1,1-18)

« Voici les paroles que Moïse adressa à tout Israël, au-delà du Jourdain, au désert… Il y a onze jours de marche de l’Horeb à Qadesh-Barnéa …
Or la quarantième année, le onzième mois, le premier du mois, Moïse parla aux fils d’Israël, suivant tout ce que Yhwh lui avait ordonné pour eux.» (Dt1,1)

La première spécificité de cette Loi est son lien avec la Parole. Elle est vivante. Elle est née dans un lieu précis en un temps donné. On peut y voir un paradoxe, car insister ainsi de façon aussi précise sur le contexte géographique et historique de la promulgation de cette Loi, ne revient-il pas à affaiblir sa dimension intemporelle et universelle, caractéristique de toute loi dite « apodictique » ?
Il y a là une particularité essentielle de la Bible : La révélation de la Loi s’inscrit dans l’histoire de l’humanité. L’intemporel se construit dans et avec le temps et l’universel s’élabore à partir du personnel et du particulier. C’est ainsi qu’à la Loi est associée intrinsèquement et intimement l’idée de mouvement :

« A l’Horeb, le SEIGNEUR notre Dieu nous a parlé ainsi : « C’est assez pour vous de rester dans cette montagne ;  tournez-vous pour partir,… » » (Dt 1, 6-7)

Le premier discours de Moïse avec son enseignement et ses exhortations, est placé comme au début du livre des Nombres dans un contexte de départ, de mise en marche. Nous avions déjà vu dans la Genèse cette exhortation à partir, en particulier avec Abraham (Quitte ton pays… marche vers toi, avance vers le pays… Gn 12) pour sortir l’humanité de l’errance dans laquelle l’immobilisme du sacré originel l’enfermait. Le nouveau lien avec le divin s’incarne ici dans un objectif dynamique, la réalisation de la promesse faite aux pères d’une descendance et d’une terre où coulent le lait et le miel :

« Voyez : je vous remets le pays : entrez et prenez possession du pays que le SEIGNEUR a juré de donner à vos pères Abraham, Isaac et Jacob, et à leur descendance après eux» (Dt 1,8).
Cette loi est donc résolument tournée vers l’avenir, mais après les épreuves subies au désert, Moïse ne se fait pas d’illusion, ce chemin ne sera pas facile. Il y aura des obstacles externes  ainsi que des oppositions à l’intérieur même du peuple. Il s’est alors posé la question :
« comment, à moi tout seul, porterais-je vos rancœurs, vos réclamations et vos contestations ? » (Dt 1,12)
Pour y faire face il met en place une organisation hiérarchisée avec des juges (Dt 1,9-18) dont on avait déjà parlé dans le livre de l’Exode  (18,13-26)

Rappel des premiers échecs. (Dt1,19- 2,1)

Ce chemin est un combat, la terre promise ne va pas tomber comme cela toute cuite entre les mains du peuple. Il lui faudra traverser des épreuves pour la conquérir et surmonter ses peurs.

Le rapport des espions partis faire une reconnaissance du pays ont fait état de la présence de géants occupant des forteresses imprenables. Moïse a cherché à les rassurer :

« Ne tremblez pas, ne les craignez pas. YHWH, votre Dieu qui marche devant vous, combattra lui-même pour vous, comme il l’a fait pour vous en Egypte sous vos yeux,
et dans le désert tu as vu YHWH ton Dieu te porter comme un homme porte son fils tout au long de la route » (Dt 1, 29-31)

Le peuple malgré cette belle exhortation a refusé d’y aller :
« Et dans cette affaire, vous n’avez pas mis votre foi dans YHWH votre Dieu, lui qui marchait devant vous sur la route pour vous chercher un lieu de camp, dans le feu pendant la nuit pour vous éclairer sur la route où vous marchiez, et dans la nuée pendant le jour. » (Dt 1,33)

Cette pusillanimité est condamnée par Yhwh. Un peu plus tard suite à cet épisode le peuple décide finalement de partir au combat mais sans en référer à Yhwh. La bataille tourne mal et ils sont mis en pièce.
Que ce soit dans le premier épisode, par pusillanimité ou dans le second par présomption, le péché du peuple est le même : le manque de confiance en Yhwh. Pour exprimer ce manque de confiance la bible utilise un mot précis infidélité (l’étymologie du mot fidélité est foi, confiance) et ces infidélités peuvent venir aussi bien de la peur que d’une forme de suffisance.

Dans ces deux épisodes, le fondement de la notion de péché apparait clairement. Il ne relève pas fondamentalement d’une question de morale mais d’une carence dans la relation à Yhwh, d’un manque de confiance.

Infidélité du peuple – Fidélité de YHWH (Dt 2-3)

La conséquence de cette infidélité du peuple sera un retour à l’errance. Symboliquement le manque de confiance en l’Autre fait tourner l’humain en rond dans un désert, il ne sait plus ce qu’il veut, il critique tout, il n’est content de rien.

Cependant tout au long de cette période d’errance, YHWH n’oublie pas son peuple, il reste présent auprès de lui, il maintient sa promesse. Cette fidélité de YHWH malgré l’infidélité d’Israël va relancer le peuple et lui permettre de traverser des territoires sans être attaqué (Edom, Moab, Ammon) et de conquérir Sihon Og et Galaad (Dt 2-3).

Moïse reprend l’injonction qu’il avait  utilisée pour les sortir d’Egypte  « n’ayez pas peur » (Dt 3,2). Il la répète encore un peu plus loin :

« N’ayez pas peur d’eux car YHWH votre Dieu combat lui-même pour vous » (Dt 3, 22)

Ce « n’ayez pas peur » de Yhwh ponctuera toutes les étapes difficiles et les ruptures que va connaitre le peuple ; Jésus lui-même utilisera cette injonction. Ce leitmotiv illustre bien comment ces exhortations faites dans un contexte donné en référence à une histoire précise, peuvent prendre une dimension intemporelle et universelle pour nourrir spirituellement toutes les générations.

Cette dichotomie, infidélité du peuple – fidélité de YHWH,  va traverser toute l’histoire biblique et nous aurons l’occasion de l’approfondir en particulier avec les Prophètes.

Don de La Loi – Don d’un pays – (Dt 4)

C’est dans ce contexte de conquête de la terre promise, de réalisation de la promesse que Moïse donne  au peuple la Loi de YHWH.

Et maintenant écoute les lois et les coutumes … Ainsi vous vivrez et vous entrerez en possession du pays que vous donne YHWH le Dieu de vos pères… afin de garder les commandements de YHWH votre Dieu que je vous donne » (Dt 4,1-2)

Dans ces versets le lien étroit entre ces deux dons, celui d’un pays et celui de la Loi, est très significatif. La Terre et la Loi conditionnent ensemble la Vie.
On retrouvera cette association un peu plus loin :
«  Voici le commandement, les lois et les coutumes que YHWH votre Dieu a ordonné de vous apprendre à mettre en pratique dans le pays où vous allez passer pour en prendre possession afin que tu craignes YHWH ton Dieu. Tu écouteras… ainsi tu seras heureux…dans un pays ruisselant de lait et de miel. » (Dt 6,1-3)

La Loi s’inscrit ainsi dans un récit historique qui lui donne sens et en est inséparable. Mais alors on peut se poser la question si le lien étroit fait ici entre la Loi avec un temps aussi spécifique de l’histoire et dans un lieu aussi précis et clairement limité (Cf  Dt 4,45-49)  ne va pas rendre cette Loi caduque dans un contexte culturel et historique totalement différent ?  Or tout au long de l’histoire de ce peuple, le lien qui est né ici entre ces deux entités, Terre et Loi, continuera à se renforcer mais leurs contenus vont connaitre des métamorphoses et des élargissements profonds,  la matérialité initiale visible et limitée de ces termes s’ouvrira progressivement à une réalité invisible qui ouvre sur l’infini.

Déjà là Moïse demande que la Loi soit intériorisée :
« … tous les jours de ta vie, qu’elle ne sorte pas de ton cœur » (Dt 4,9)
et cette démarche individuelle d’intériorisation aura pour effet de transformer le peuple. Déjà des indices d’une perspective d’universalisation apparaissent :
Vous les mettrez en pratique quand vous serez dans le pays, c’est ce qui vous rendra sages et intelligents aux yeux des peuples … Ils diront:« Cette grande nation ne peut être qu’un peuple sage et intelligent» (Dt 4,6)

Il y là les prémices d’une prise de conscience à la fois de l’universalité de la Loi et de son lien avec tous les peuples. Avec Jésus, à l’issue de cette révélation, Terre et Loi ne feront qu’un : « entrer dans le royaume des cieux » (la terre promise) et « s’aimer les uns les autres » (commandement qui rassemble toute la Loi) seront synonymes.

Révélation de La Loi et Crainte de YHWH

La suite du chapitre 4 revient sur le contexte de la révélation de la Loi que nous avons vu au chapitre 20 du livre de l’exode, le jour où YHWH dit à Moïse :
Rassemble le peuple près de moi, je leur ferai entendre mes paroles pour qu’ils apprennent à me craindre tous les jours qu’ils vivront sur la terre (Dt 4,10)

Et de rappeler pour souligner l’importance de cette révélation les extraordinaires phénomènes naturels (théophanie) qui l’ont accompagnée :

« La montagne était en feu, embrasée jusqu’en plein ciel, dans les ténèbres des nuages et de la nuit épaisse. Et YHWH vous a parlé du milieu du feu, une voix parlait et vous l’entendiez, mais vous n’aperceviez aucune forme, il n’y avait rien d’autre que la voix.(Dt 4,11-12)

Ces phénomènes cosmiques qui accompagnent la manifestation divine inspirent la crainte de la mort et nous avons vu (Ex 20,18) que Moïse servira d’intermédiaire pour que le peuple ne soit pas affronté de trop près à ce feu divin.

Cette expression « la crainte de Yhwh » sera reprise très souvent dans la Bible, nous le retrouverons  chez les prophètes, dans les psaumes, les livres de la sagesse et dans bien des circonstances tout au long de l’histoire biblique. Ce thème de la peur de Dieu amplifié par certaines spiritualités en particulier au moyen-âge pour justifier les catastrophes naturelles (épidémies, famines, incendies, etc…) a été amplement utilisé dans les sermons ou dans l’art pour inciter les populations à se convertir ( Cf   La pastorale de  la peur  dans le livre de l’historien Jean Delumeau « La peur en Occident ») ou pire à se soumettre aux autorités religieuses ou politiques.

Il est donc normal que cette expression « crainte de Yhwh » qui s’apparente à un chantage par la peur heurte profondément notre sensibilité moderne. De ce fait, parfois dans le christianisme la tentation a été grande d’opposer le Dieu de l’Ancien Testament, Dieu « jaloux » Dieu de la colère qui inspire la crainte et le Dieu d’amour du nouveau testament « amour qui exclut la crainte » (1 Jn 4,18).
Cette opposition est dangereuse et fausse. A ignorer les sources de la révélation de Jésus et son lien avec la révélation de Moïse, on risque d’édulcorer cette loi de l’amour, de la réduire à des pieux sentiments. La fleur coupée de ses racines risque de se dessécher et de ne pas porter de fruits.

Qu’est cette « crainte de YHWH » qu’il faut apprendre?

Nous avons vu la dernière fois que la notion de sacré s’enracinait très profondément et inconsciemment dans la gestion de la violence entre les individus d’un groupe. On peut rapprocher l’évolution de cette notion de la crainte de Dieu, de l’évolution de la notion du sacré.
Comme pour celle-ci, il faut en chercher l’origine dans ce terreau anthropologique et ethnologique commun à toute l’humanité.
Nous avons vu que la notion de sacrifice à l’origine avait pour fonction inconsciente le rejet de la violence sur une victime et pour expression consciente la volonté de conjurer la violence des dieux, d’attirer leurs bienfaits.

La crainte des dieux est donc première, structurelle chez l’homme. Cette crainte est alimentée  par l’expérience des séismes, des fléaux qui disséminent les groupes humains, qui frappent les imaginations et entretiennent la peur, la terreur parfois.
Mais aussi plus positivement,  la reconnaissance de la puissance de la création, l’observation de la nature avec ces étoiles, la mer, les montagnes, enchantent les cœurs et émerveillent les esprits.
Déjà à ce stade premier, le terme de crainte porte cette ambivalence : peur d’une part et émerveillement d’autre part.

La pédagogie divine, l’apprentissage de la crainte de YHWH,  sera justement de donner un contenu à cette crainte première archaïque en l’objectivant pour mieux libérer l’homme de ses peurs inconscientes, diffuses et stériles, pour faire muter la peur en confiance et permettre à l’homme de cheminer vers la terre promise, le royaume. Ce sera la fonction de la Loi, de la Parole.

Dans ce cheminement de la Parole, la crainte de YHWH va passer par des modalités diverses qui à chaque étape approfondissent le rapport à YHWH.

La peur du divin

La première étape, commune à toutes les civilisations primitives, est clairement celle de la peur du contact avec le divin, à laquelle  est associée la notion de sacré entretenue par des signes cosmiques.

Nous l’avons vu dans la Genèse avec Jacob (Gn 28,17 ; 32,31) qui n’en sort pas indemne, dans l’Exode avec Moïse au buisson ardent (Ex 3,1-6), au Sinaï (Ex 19,10-21) et nous le trouvons-maintenant dans le Deutéronome :

« Lorsque vous avez entendu la voix qui venait du milieu des ténèbres, dans l’embrasement de la montagne en feu… Voici que YHWH notre Dieu nous a fait voir sa gloire et sa grandeur et nous avons entendu sa voix du milieu du feu ; aujourd’hui nous avons vu que Dieu peut parler à l’homme et lui laisser la vie. Et maintenant pourquoi mourir dévorés par ce grand feu ?
Si nous continuons à entendre la voix de YHWH notre Dieu, nous mourrons. Est-il jamais arrivé à un homme d’entendre comme nous la voix du Dieu vivant parler du milieu du feu et rester en vie ? » (Dt 5,23-26)

Voyez dans ce passage le paradoxe de la crainte de Dieu : l’association des signes cosmiques tout de même effrayants  qui suscite reconnaissance et admiration pour la gloire et  la grandeur de YHWH.  Autre aspect remarquable de ce passage, la place centrale tenue par « la voix ». C’est cette voix, ces dix Paroles prolongée plus tard par celle des prophètes qui vont orienter cette notion de la crainte de Dieu et lui donner un caractère précis et original tout à fait spécifique à l’histoire biblique.

La peur du châtiment

La Loi étant révélée, nous avons vu à la fin du livre du Lévitique une longue liste de malédictions pour chaque cas de transgression. La crainte de YHWH est alors associée à la peur d’une sanction, d’un châtiment. Sur ce plan la pédagogie divine n’est pas différente de la pédagogie des parents envers leurs jeunes enfants. On parle de crainte salutaire qui permet à l’enfant d’éviter les dangers à un âge où il n’est pas encore capable de bien comprendre, d’assumer ses responsabilités. Court-circuiter cette étape en traitant l’enfant trop tôt comme un adulte responsable est anxiogène pour l’enfant, ce n’est pas une bonne pédagogie. Car cette peur du châtiment permet à l’enfant de garder  son insouciance, de s’en remettre à ses parents pour le prévenir des dangers, de  développer la confiance dans la parole de l’Autre. La peur du châtiment pourra alors se transformer progressivement en une crainte respectueuse.

la confiance dans une présence.

Nous avons vu plus haut que la peur du peuple vis à vis des autres peuples est perçue par Yhwh comme une infidélité, un manque de confiance. D’où ces exhortations fréquentes dans ce livre « ne craignez pas, n’ayez pas peur ». Cela peut paraître paradoxal mais c’est la crainte respectueuse de YHWH qui nous protège de la peur. Le verset 20 du chapitre 20 de l’Exode est typique de cet apparent  paradoxe :

Ne craignez pas…
YHWH est venu pour vous éprouver et que sa crainte soit sur vous (Ex 20,20)

La crainte de YHWH associée à la confiance permet de surmonter la peur humaine.
Voyez le petit enfant qui veut partir dans les bois avec son papy ; il est attiré, émerveillé,  mais en même temps il a très peur des bruits, c’est peut-être des monstres, alors il sert très fort la main de son papy, il pose des questions et grâce à cette présence rassurante, il va continuer à avancer vers cet inconnu qui le fascine.
Cette association paradoxale crainte-confiance revient souvent dans les psaumes :

Même si je marche dans un ravin d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton et ta canne, voilà qui me rassure. (Ps 23,4)
Heureux l’homme qui craint YHWH … Il ne craindra pas les rumeurs… le cœur assuré, il compte sur YHWH ; le cœur ferme, il ne craindra rien... (Ps 112)

Dans l’évangile de Mathieu, Jésus soulignera  fortement cette exhortation du Deutéronome « Ne craignez pas » en précisant que même la mort physique n’est pas à craindre, c’est ce qui tue l’âme qui est à craindre (Mt 10,26-31).

la sagesse et l’intelligence.

la crainte de YHWH est le principe du savoir, sagesse et éducation, seuls les fous s’en moquent (Pr 1,7)
La crainte de YHWH est le commencement de la sagesse et l’intelligence est la science des saints. (Pr 9,10)

En quoi l’apprentissage de cette crainte de YHWH peut nous rendre intelligent ?
Le mot d’intelligence opposée à la sottise caractérise un rapport juste avec le réel, des réactions adaptées aux événements de la vie et à la rencontre de l’autre.
La sottise, c’est se prendre pour un tout, vivre avec ses certitudes, sa superbe, c’est être « suffisant », croire qu’on a besoin de personne, que l’on est parfaitement apte à se diriger tout seul. C’est l’hypertrophie du « moi »

Or le réel nous dit Lacan dans sa typologie du psychisme c’est l’impossible. Le réel c’est ce que l’on ne peut pas maitriser. C’est un mur sur lequel parfois on « fonce », sur lequel on se « cogne la tête », devant lequel « on parle ».

L’actualité nous montre de façon dramatique l’incidence de ce déni du réel chez des hommes baignant dans une bulle de « la toute-puissance ». C’est la malédiction.
La crainte de YHWH c’est accepter le réel, c’est écouter ce que nous dit ce mur, se laisser interroger,  mais aussi par la confiance c’est l’affronter. Surmonter sa peur, c’est patienter et être attentif au fond de son cœur à son enseignement afin qu’une porte puisse s’entrouvrir qui nous permettra de marcher humblement vers la révélation de ce qui est vraiment notre « Je », cet infini.

Comme un père est tendre pour ses enfants, YHWH est tendre pour ceux qui le craignent, il sait bien de quelle pâte nous sommes faits, il se souvient que nous sommes poussière (Ps 103,13-14)

La crainte de YHWH c’est prendre en compte dans la relation aux autres cet infini de l’Autre.
Lévinas, dans sa philosophie, nous décrit très bien ce rapport à l’Autre et lui donne un nom à la connotation très biblique : le Visage.
Notion de Visage irréductible à toute tentative de description, de compréhension, de connaissance qui est un rappel permanent du « Tu ne tueras pas » sous toutes ses formes.
La crainte de YHWH , c’est « chercher son Visage »
Rencontre du Visage de l’Autre qui décentre le « moi » pour accéder au « Je » face à un « Tu ». Face à face, rendu possible par l’espace dégagé par l’inter-dit. Ecoute de la Parole de l’Autre  qui appelle une réponse, dans  les deux sens du terme : répondre à … et répondre de …, appel à la responsabilité (c’est l’étymologie du mot).

Voir aussi l’anaphore du Siracide:  » La crainte du Seigneur est gloire et fierté, joie et couronne d’allégresse. La crainte du Seigneur réjouit le cœur, donne joie, gaieté et longue vie… » (Si 1,11-24).

l’amour

L’amour est le fruit ultime de la crainte de YHWH.
Cette révélation de l’amour de YHWH, fruit de l’intériorisation de la Loi, culminera avec Jésus et cette nouvelle étape, sera très clairement explicitée par ses disciples dans des discours et des lettres.
Cependant le germe de cette révélation se trouve dans le Deutéronome, dans ce  passage capital, le « Shema Israël », « Ecoute Israel » qui sert d’introduction lors de la profession de foi dans la liturgie juive:

… ECOUTE, Israël, YHWH notre Dieu est UN. Tu aimeras YHWH ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton être, de toute ta force … C’est YHWH ton Dieu que tu craindras… (Dt 6, 4-10)

Conclusion sur ce thème

Nous avons parcouru (forcément rapidement) ce thème de la crainte de YHWH pour tenter de dégager la grande richesse symbolique de cette expression biblique.
Symbolique dans le sens où elle rassemble, elle unifie des sentiments qui peuvent paraître (surtout pour nos esprits occidentaux, cartésiens) différents, voire opposés.
Cette diversité des modalités contenue dans cette expression est un bouquet d’harmonique de différentes couleurs, à des niveaux différents, conscient ou inconscient qui se reflètent dans notre psyché lors d’expériences personnelles du divin, qu’elles nous viennent par l’art, des rencontres, des événements glorieux ou tragiques.

La « crainte de YHWH » dans le cadre de cette expérience concentrent tous ces affects, leur donne un contenu, un sens et par là nous oriente, nous guide dans notre cheminement intérieur.

YHWH, montre-moi ton chemin et je me conduirai selon ta vérité. Unifie mon cœur pour qu’il craigne ton nom (Ps 86, 11)

Deuxième discours de Moïse (Dt 5 à 11)

L’actualité de l’alliance (Dt 5, 1-5)

Le lien entre Terre et Loi constitue les termes d’une Alliance comme dans le livre de l’Exode et le texte insiste sur l’aujourd’hui de cette alliance conclue dans un face à face entre vivants :
« Ce n’est pas avec nos pères que le SEIGNEUR a conclu cette alliance, c’est avec nous, nous qui sommes là aujourd’hui, tous vivants. Le SEIGNEUR a parlé avec vous face à face sur la montagne, du milieu du feu ».(Dt 5,3)

La première condition du face à face est l’écoute : « Ecoute Israël »  est répété très souvent  dans ce livre (Dt 4,1,30; 5,1,23; 6,3,4; 9,1; …). Selon le mot hébraïque « écouter » ce n’est pas seulement entendre des mots, ce n’est pas seulement comprendre une parole pour s’enrichir d’un savoir c’est, au-delà d’une simple compréhension, se laisser transformer par elle, c’est ouvrir son cœur, le circoncire nous dira le texte un peu plus loin (Dt 10,16). Cette écoute du cœur est le propre d’une véritable obéissance (« obéissance » vient du mot obedire qui veut dire « écouter »). Ce n’est pas une obéissance infantile qui se limite à un comportement purement formel, imposée du dehors mais celle de l’adulte en quête de lumière et de sagesse, elle est une adhésion jubilatoire reconnaissante du don reçu.

Reprise du Décalogue (Dt. 5, 6-32)

Le texte des « Dix Paroles est quasiment identiques à celui du chapitre 20 du livre de l’Exode avec une variante remarquable concernant le Sabbat. Ce jour de repos est rattaché dans l’Exode au 7ième jour de la création qui marque le repos de Yhwh après sa création alors qu’ici l’auteur rattache ce jour à la sortie d’Egypte. Cette pratique centrale du judaïsme après avoir été rattaché à la création (Ex 20), est reliée ici à la révélation sous la forme du rappel de la libération du peuple par Yhwh. Création et Révélation apparaissent par-là étroitement reliées.

Lors de cette révélation, de ce don  des « dix Paroles » le peuple a vécu une expérience exceptionnelle soulignée par ses effets cosmiques :
« Ces paroles, YHWH les a dites à toute votre assemblée sur la montagne, du milieu du feu, des nuages et de la nuit épaisse, avec une voix puissante, et il n’a rien ajouté ; il les a écrites sur deux tables de pierre, qu’il m’a données. » (Dt 5,22)

Le peuple est tout surpris de rester vivant après ce moment grandiose :
 «  Voici que YHWH notre Dieu nous a fait voir sa gloire et sa grandeur, et nous avons entendu sa voix du milieu du feu, aujourd’hui nous avons vu que Dieu peut parler à l’homme et lui laisser la vie » (Dt 5,24)

Cependant au quotidien il redoute de s’approcher de trop près, de réitérer cette expérience somme toute assez traumatisante et il demande à ce que Moïse leur serve de médiateur. Celui-ci les exhorte alors à mettre en pratique ces commandements et à se mettre en marche vers la terre promise. La Loi, aussi explicitement associée à une mise en marche, apparait comme un garde-fou qui permet d’éviter sur ce chemin étroit les multiples risques de dérives et de chutes.
« Vous veillerez à agir comme vous l’a ordonné Yhwh votre Dieu, sans vous écarter ni à droite ni à gauche. Vous marcherez toujours sur le chemin que Yhwh votre Dieu vous a prescrit, afin que vous restiez en vie, que vous soyez heureux et que vous prolongiez vos jours dans le pays dont vous allez prendre possession. » (Dt 5,32)

La marche vers la Terre promise et l’application de la Loi sont les conditions mêmes de la Vie.

L’écoute et l’amour de YHWH au cœur de la Loi (Dt 6)

C’est le fameux « Shema Israël », prière quotidienne du judaïsme où le monothéisme est clairement réaffirmé mais où surtout l’usage du « tu » à la place du « vous » souligne la singularité de ce commandement qui s’adresse personnellement au cœur de chacun. Ce n’est pas une exhortation morale mais une invite à une relation d’amour.
Ce verset est capital :

« ÉCOUTE, Israël ! Yhwh notre Dieu est UN. Tu aimeras Yhwh ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. Les paroles des commandements que je te donne aujourd’hui seront présentes à ton cœur ; tu les répéteras à tes fils ; tu les leur diras quand tu resteras chez toi et quand tu marcheras sur la route, quand tu seras couché et quand tu seras debout ;  tu en feras un signe attaché à ta main, une marque placée entre tes yeux ;  tu les inscriras sur les montants de porte de ta maison et à l’entrée de ta ville. » (Dt 6,4-9)

Les signes, rites et  pratiques cultuels sont instaurés pour rappeler ces paroles dans la vie quotidienne. Sans eux et une fois revenu à une vie plus florissante, les effets de cette expérience unique et extraordinaire risquent fort de s’émousser avec le temps.

« Quand Yhwh ton Dieu t’aura fait entrer dans le pays qu’il a juré à tes pères Abraham, Isaac et Jacob, de te donner – pays de villes grandes et bonnes que tu n’as pas bâties, de maisons remplies de toute sorte de bonnes choses que tu n’y as pas mises, de citernes toutes prêtes que tu n’as pas creusées, de vignes et d’oliviers que tu n’as pas planté – alors, quand tu auras mangé à satiété, garde toi bien d’oublier Yhwh qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude »(Dt 6,10)

Le devoir de mémoire apparaît ainsi comme une condition du développement de l’homme. Les rites et les pratiques cultuels ne sont plus des actes magiques comme dans tous les rites sacrés environnant mais des exercices de mémoire pour revitaliser l’homme dans toutes ses dimensions individuelle et collective.

 « Et demain, quand ton fils te demandera : « Pourquoi ces exigences, ces lois et ces coutumes que Yhwh notre Dieu vous a prescrites ? » Alors, tu diras à ton fils : « « Nous étions esclaves du Pharaon en Egypte,… Et nous, il nous a fait sortir de là-bas pour nous faire entrer dans le pays qu’il a promis par serment à nos pères, et pour nous le donner. Yhwh nous a ordonné de mettre en pratique toutes ces lois et de craindre Yhwh notre Dieu, pour que nous soyons heureux tous les jours, et qu’il nous garde vivants comme nous le sommes aujourd’hui.» (Dt 6, 20-24)

Sens de l’élection d’Israël face aux nations (Dt 7)

Une fois rendu à la terre promise Israël devra faire face aux nations idolâtres. Il ne devra en aucun cas se compromettre avec elles car Israël a été choisi par Yhwh, il est consacré :
« Car tu es un peuple consacré à YHWH ton Dieu ; c’est toi que YHWH  ton Dieu a choisi pour devenir le peuple qui est sa part personnelle parmi tous les peuples qui sont sur la surface de la terre » (Dt , 7,6)

Cette élection ne doit pas être revendiquée comme un signe de grandeur ou de supériorité, l’élection ne relève pas d’une sélection, elle est un signe d’amour purement gratuit de la part de Yhwh :
 « Si Yhwh s’est attaché à vous et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples. Mais si Yhwh, d’une main forte, vous a fait sortir et vous a rachetés de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d’Egypte, c’est que Yhwh vous aime et tient le serment fait à vos pères. » (Dt 7,7)

En contrepartie de cette élection le peuple doit faire confiance en se remémorant les événements passés :
 Si tu te dis : « Ces nations sont plus nombreuses que moi, comment pourrais-je les déposséder ? », ne les crains pas ! Tu évoqueras le souvenir de ce que Yhwh ton Dieu a fait au Pharaon et à toute l’Egypte, de ces grandes épreuves que tu as vues de tes yeux, de ces signes et de ces prodiges, le souvenir de la main forte et du bras étendu de Yhwh ton Dieu quand il t’a fait sortir…» (Dt 7, 18)

Fonction éducative du désert (Dt 8)

Yhwh est un père pour Israël.
« Il t’a mis dans la pauvreté, il t’a fait avoir faim et il t’a donné à manger la manne que ni toi ni tes pères ne connaissiez, pour te faire reconnaître que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais qu’il vit de tout ce qui sort de la bouche de Yhwh.  Ton manteau ne s’est pas usé sur toi, ton pied n’a pas enflé depuis quarante ans,  et tu reconnais, à la réflexion, que Yhwh ton Dieu faisait ton éducation comme un homme fait celle de son fils. » (Dt 8,3-5)

Promesse de richesse en arrivant dans la terre promise mais aussi avertissement contre les dérives possibles dans la jouissance de ces richesses :
« Yhwh ton Dieu te fait entrer dans un bon pays, un pays de torrents, de sources, d’eaux souterraines jaillissant dans la plaine et la montagne,  un pays de blé et d’orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, un pays d’huile d’olive et de miel, un pays où tu mangeras du pain sans être rationné, où rien ne te manquera, un pays dont les pierres contiennent du fer et dont les montagnes sont des mines de cuivre. Tu mangeras à satiété et tu béniras Yhwh ton Dieu pour le bon pays qu’il t’aura donné. » (Dt 8, 7-10)

Puis Moïse enchaine par un avertissement :
« Garde toi bien d’oublier Yhwh ton Dieu en ne gardant pas ses commandements, ses coutumes et ses lois que je te donne aujourd’hui. Si tu manges à satiété, si tu te construis de belles maisons pour y habiter, si tu as beaucoup de gros et de petit bétail, beaucoup d’argent et d’or, beaucoup de biens de toute sorte,  ne va pas devenir orgueilleux et oublier Yhwh ton Dieu… Et si jamais tu en viens à oublier Yhwh ton Dieu, si tu suis d’autres dieux, si tu les sers et te prosternes devant eux, je l’atteste contre vous aujourd’hui : vous disparaîtrez totalement  » (Dt 8, 11-18)
Dans une situation de bien-être et de richesses, la reconnaissance de l’origine du don de cette prospérité est vitale, non que Yhwh ait besoin de reconnaissance, mais parce que s’approprier les mérites de son bonheur ou l’attribuer à des causes magiques est mortel pour l’homme.

Responsabilité du peuple (Dt 9-10)

L’élection d’Israël se traduit concrètement aujourd’hui par l’action de Yhwh en sa faveur pour dégager devant lui toutes les oppositions à son entrée dans la terre promise
« Tu vas reconnaître aujourd’hui que c’est le Yhwh ton Dieu qui passe le Jourdain devant toi comme un feu dévorant »(Dt 9,3) 
Cette reconnaissance de l’action de Yhwh  est nécessaire pour éviter au peuple de s’en attribuer le mérite. Après avoir mis en garde Israël au chapitre 7 contre la tentation de traduire cette élection en termes de grandeur ou de supériorité par rapport aux autres nations, Moïse dénie ici tout lien de cette élection avec une quelconque récompense d’un comportement juste.
« Reconnais que ce n’est pas parce que tu es juste que Yhwh ton Dieu te donne ce bon pays en possession, car tu es un peuple à la nuque raide » (Dt 9,6)

Au contraire Moïse rappelle l’épisode du veau d’or déjà raconté dans le livre de l’Exode, où d’emblée le peuple s’est écarté des prescriptions de Yhwh :
« Vous n’aviez pas tardé à vous écarter du chemin que Yhwh vous avait prescrit.
Alors, j’ai saisi les deux tables, je les ai jetées de mes deux mains, et je les ai brisées sous vos yeux » (Dt 9,17)

Moïse rappelle même qu’après cela Yhwh avait l’intention de détruire le peuple. Il est donc intervenu auprès de Yhwh pour lui demander ne pas se laisser emporter par la haine, au regard des nations cela se retournerait contre lui. Cette prière-leçon de Moïse à Yhwh rappelle la négociation d’Abraham pour sauver Sodome. Etranges passages où  Moïse et Abraham font d’une certaine façon la leçon à Dieu en appelant à sa miséricorde pour qu’Il apparaisse aux yeux du monde comme juste et dépourvu de haine. Ce texte par cet anthropomorphisme cherche à illustrer comment l’action d’un seul homme vivant dans l’intimité avec Dieu,  médiateur entre Dieu et l’humanité, peut par sa prière changer le cours de l’histoire.

Néanmoins ce pardon de Yhwh, loin de déresponsabiliser le peuple, doit l’engager :

«  Et maintenant, Israël, qu’est-ce que Yhwh ton Dieu attend de toi ? Il attend seulement que tu craignes Yhwh ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant Yhwh ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, en gardant les commandements de Yhwh et les lois que je te donne aujourd’hui, pour ton bonheur » (Dt 10,12)

Dans cette relation aimante parfaitement asymétrique, le contraste est saisissant entre la grandeur du Dieu créateur et ce petit peuple, la « moindre des nations », qui n’a aucun mérite et tend plutôt à raidir sa nuque.
« Oui, à Yhwh ton Dieu appartiennent les cieux et les cieux des cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve. Or c’est à tes pères seulement que Yhwh s’est attaché pour les aimer ; et après eux, c’est leur descendance, c’est-à-dire vous, qu’il a choisis entre tous les peuples comme on le constate aujourd’hui. » (Dt 10,14-15)

Mais de même que Yhwh s’est penché avec amour sur ce petit peuple, ce qui fera le bonheur de l’homme, c’est de se pencher lui aussi sur les plus petits, c’est tout simplement  d’ouvrir son cœur à l’émigré, la veuve et l’orphelin :
 «  Vous circoncirez donc votre cœur, vous ne raidirez plus votre nuque,  car c’est Yhwh votre Dieu qui est le Dieu des dieux et Yhwh des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés. » (Dt  10,16-19)

  • « Circoncire le prépuce du cœur, cela veut dire inciser le cœur, l’ouvrir, l’entamer ; le cœur étant le symbole de l’amour mais aussi du courage et de la pensée. L’entamer, se laisser entamer le cœur, c’est ne pas se refermer sur sa clôture identitaire, sa complétude narcissique ; c’est accéder à sa propre insuffisance, et par là-même, accéder à l’insuffisance du monde, son insuffisance à lui-même, qui le rend accessible à la création, qui le rend objet-sujet de création …Et ce n’est pas un hasard si le même verset comporte : cessez d’avoir la nuque raide; c’est-à-dire cessez de vous obstiner, de vouloir à tout prix avoir raison, de nier la faute que vous faites, qui consiste déjà dans ce raidissement ; acceptez la chute et vous pourrez vous redresser, acceptez la perte et vous pourrez gagner. » (Daniel Sibony)

Comprendre l’histoire et en tirer les forces de vie  (Dt 11,1-9)

Moïse rappelle que cet amour de Yhwh pour son peuple s’est traduit par des actions très concrètes dans son histoire, actions grandioses et parfois tragiques. Israël devra s’en souvenir et sa fidélité à Yhwh lui permettra de puiser dans cette  histoire les signes qui lui donneront la force d’affronter l’avenir et de prendre possession de cette nouvelle terre.
« C’est de vos propres yeux que vous avez vu toute l’action grandiose de Yhwh ! Vous garderez donc tout le commandement que je te donne aujourd’hui, afin que vous soyez courageux, et que vous entriez en possession du pays où vous allez passer pour en prendre possession, afin que vos jours se prolongent sur la terre que Yhwh a juré à vos pères de leur donner, ainsi qu’à leur descendance – un pays ruisselant de lait et de miel » (Dt 11,7-9)

Mémoire de l’histoire et étude sont au cœur de la Loi-Parole-Commandement.

Particularités du pays qu’ils vont gagner (Dt 11,10-25)

Moïse prévient le peuple que cette nouvelle terre ne ressemble pas à celle qu’ils ont connue en Egypte :
« Certes, le pays où tu entres pour en prendre possession n’est pas comme le pays d’Egypte d’où vous êtes sortis : tu y faisais tes semailles, et tu l’arrosais avec ton pied comme un jardin potager ; le pays où vous passez pour en prendre possession est un pays de montagnes et de vallées, qui s’abreuve de la pluie du ciel, un pays dont Yhwh ton Dieu prend soin : sans cesse les yeux de Yhwh ton Dieu sont sur lui, du début à la fin de l’année. » (Dt 11,10)

Autrement dit dans le pays qu’ils ont quitté, l’Egypte, l’homme avaient la maîtrise de la production potagère (la gestion de l’irrigation se faisait avec le pied) mais dans le pays où ils vont aller, pays de montagnes et de vallées, ils seront totalement dépendants de la pluie. La vie ne s’y développe qu’avec l’eau de pluie. L’écoute de la Parole, l’obéissance aux commandements seront ainsi étroitement associées au don de la pluie :

« Et si vous écoutez vraiment mes commandements, ceux que je vous donne aujourd’hui, en aimant Yhwh votre Dieu et en le servant de tout votre cœur, de tout votre être, je donnerai en son temps la pluie qu’il faut à votre terre, celle de l’automne et celle du printemps : tu récolteras ton blé, ton vin nouveau et ton huile ; je donnerai de l’herbe à tes bêtes dans tes prés, et tu mangeras à satiété »

Le lien est ici très clairement établi entre la richesse du pays promis et l’écoute de la Loi.
Cette écoute ou cette absence d’écoute entraîneront bénédiction ou malédiction.

« Vois : je mets aujourd’hui devant vous bénédiction et malédiction: la bénédiction si vous écoutez les commandements de Yhwh votre Dieu, que je vous donne aujourd’hui, la malédiction si vous n’écoutez pas les commandements de Yhwh votre Dieu »(Dt 11,26)

Bénir quelqu’un, c’est « bien dire » (bene dicere), c’est avoir une parole juste qui permettra à cette personne d’avancer, d’avoir du courage, de l’espoir. Etre béni, c’est recevoir cette parole comme un don, c’est reconnaître ce don, c’est le transmettre et donc c’est à son tour bénir. Le béni c’est celui qui transmet le don reçu. La bénédiction est une chaîne qui relie les hommes.  La malédiction c’est l’inverse, c’est le  « mal dire » qui entraîne la division.

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