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Engagement des Apôtres

Nous avons relu les récits de la résurrection de Jésus dans les différents évangiles pour noter le caractère intime et très personnel des témoignages de quelques femmes d’abord et des apôtres ensuite. Cette résurrection ne se manifeste pas de la même manière à chacun. Elle est vécue en effet par ceux qui en furent témoins comme une rencontre intérieure très personnelle et non comme un fait spectaculaire qui s’imposerait à tous de la même façon.
A partir de là que s’est-il passé ?
Comment à partir d’un petit groupe de ces témoins de la résurrection, composé de quelques femmes puis de quelques hommes apeurés dans le fin fond d’une petite contrée de l’empire romain, dominée par le pouvoir politique le plus puissant au monde, et se heurtant à un pouvoir religieux juif le plus évolué de l’époque, l’enseignement de Jésus a-t-il pu se répandre aussi rapidement dans tout l’empire et s’installer au cœur même de cet empire, au centre du monde civilisé ?
Pour répondre à cette énigme historique totalement improbable, le livre des « Actes des apôtres » met au cœur de l’action la dimension de « l’Esprit ».

L’Esprit, acteur central du livre

Alors que les récits des Evangiles sont centrés sur le personnage de Jésus, l’acteur central du livre des « Actes des apôtres » est l’Esprit.

Quel est cet Esprit ?  

Différents sens du mot Esprit

Le champ d’utilisation du mot « esprit » est très large.
L’étymologie du mot (rouah en hébreu, pneuma en grec, spiritus en latin, prana en sanskrit) se réfère au vent, au souffle, à la respiration. Par extension le mot devient un principe de vie opposé à la mort (rendre l’esprit).
Dans le langage courant le mot « esprit » se rapporte à des facultés intellectuelles, artistiques (être inspiré) ou même humoristiques (le mot d’esprit), il exprime la dimension de l’humain qui ne peut se réduire au « matériel », « au corporel ».

Dans la philosophie platonicienne il est associé couramment à un autre mot, « l’âme », opposé en l’occurrence au mot « corps ». Cette opposition sous-tend alors une forme de dualisme : l’âme « élève » alors que le corps « impur » abaisse. Ce dualisme platonicien déteindra sur  certaines spiritualités chrétiennes, en particulier au XVIIIème. Celles-ci s’appuient à tort sur l’opposition chair/esprit développée par St Paul qu’elles associent à cette dualité corps/âme. Cette confusion est assez grave, en effet le « corps » dans la Bible, est création de Dieu et donc bon en soi et le mot « âme » identifie l’homme dans son intégralité, corps et esprit. Par ailleurs dans la terminologie de Paul le mot « chair » ne signifie pas du tout le corps, il regroupe toutes les forces aussi bien physiques, psychologiques que spirituelles de l’homme ; soumis à ces forces, l’homme dans son autosuffisance s’oppose à l’action transformatrice de  l’Esprit de Dieu.
Dans d’autres courants spirituels orientaux non-dualistes, le corps n’est plus opposé à l’esprit mais il en est le vecteur. A l’aide de différentes techniques corporelles, axées sur la prise de conscience de sa respiration, toute personne est invitée à la découverte de son être profond en harmonie avec le monde.  Ces exercices corporels prônent une libération « du  mental ». Cette défiance par rapport au mental (alors que l’origine du mot, mens en latin, signifie justement « esprit ») peut certes prêter à confusion et court le risque d’une nouvelle retombée dans une forme plus subtile de dualisme : la sensibilité opposée à la raison ; mais cette défiance est justifiée par le risque de la domination de l’activité intellectuelle, conceptuelle et abstraite sur les sens. Au sein de ces courants spirituels, l’usage de l’étymologie du mot « esprit », à savoir, le souffle, la respiration, est alors le plus souvent privilégié au mot lui-même, trop souvent connoté en occident de ce dualisme platonicien.

Traces de l’Esprit dans l’histoire biblique

Dans la Bible et sans chercher ici à rendre compte de la théologie de l’Esprit qui s’est développée dans  les premiers siècles du christianisme, on peut noter que dès le deuxième verset de la Bible il est question du  « souffle de Dieu » (Gn 1,2) qui préexiste à la création. Cette création est l’œuvre d’une Parole (la Parole vient du souffle et y est toujours liée dans la Bible), puis un peu plus loin l’homme modelé avec de la glaise devient vivant après avoir insufflé «l’haleine de vie » (Gn 2,7).
Dans le cadre d’une promesse scellée par une alliance de Dieu avec son peuple, l’action de Dieu via son « souffle » que l’on nommera de plus en plus clairement « l’Esprit de Dieu » va se déployer tout au long de l’histoire biblique pour amener l’homme à la vie. La fidélité de Dieu à sa promesse va se heurter à l’infidélité du peuple qui rompt de facto cette alliance. Les récits des actions de Dieu dans l’histoire pour tenter de ramener le peuple à cette alliance et permettre ainsi la réalisation de sa  promesse de vie donneront à ce mot « esprit » des attributs de plus en plus précis :

– Dans un des livres les plus anciens de la Bible, le livre des Juges, nous avons vu  comment la rouah , ce souffle mystérieux, investit certains personnages, les « Juges », et leur donne une puissance physique exceptionnelle pour sauver le peuple en péril (Cf. le personnage de Samson, Jg 13). L’attribut de l’esprit est là clairement la force, une force salvatrice qui va permettre au peuple de ne pas disparaître.
– Avec la mise en place en Israël de la monarchie c’est un autre attribut de l’Esprit de Dieu qui devait être porté par le Roi, « l’oint » de Yhwh, c’est la sagesse (Cf. Salomon dans le livre des rois, 1R 3,16). Hélas cette sagesse ne fut que très épisodiquement une caractéristique de ces chargés de pouvoir.
– Dès lors c’est un autre type de personnage, le prophète, qui sera investi de ce souffle pour dénoncer les errements des autorités. Chez ces prophètes, un nouvel attribut de l’Esprit apparaît qui s’ajoute à la force des Juges, à la sagesse de l’oint de Yhwh, c’est l’intelligence de l’histoire, c’est-à-dire  la compréhension des évènements passés et l’annonce de désastres à venir. Mais là aussi cette action de l’Esprit se heurte à l’endurcissement du cœur de ce peuple, au sein duquel les autorités laissent se développer des profondes inégalités sociales tout en croyant pouvoir se couvrir vis-à-vis de Yhwh par une pratique formelle du culte et des sacrifices (cf les prophètes Amos, Osée, Michée). Alors ces prophètes proclament que ces infidélités à l’alliance vont provoquer des catastrophes politiques et sociales.
– Puis quand tous ces malheurs annoncés tombent sur le peuple, face à l’impossibilité pour lui de respecter l’alliance scellée par Moïse, les prophètes Jérémie, puis Ezéchiel annoncent une nouvelle action de l’Esprit. Pour accomplir sa promesse de vie, constatant les échecs successifs de l’alliance fondée sur l’application de la Loi de Moïse, Yhwh prépare une nouvelle alliance :

« Voici donc l’alliance que je conclurai avec la communauté d’Israël après ces jours-là – oracle du SEIGNEUR : je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi «  (Jr 31,31),

 « Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.  Je mettrai en vous mon propre Esprit, je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes. »  (Ez 36,26)

L’action de l’Esprit est alors synonyme de nouveauté, d’une re-création par une transformation intérieure.

Réalisation de la promesse

Nous avons vu que dans les évangiles, Jésus porte en lui toutes les caractéristiques de ces personnages du passé; il incarne à la fois la force des Juges, la sagesse du roi idéal, l’esprit de discernement des prophètes et en final il annonce l’imminence de la réalisation de cette promesse d’une nouvelle alliance, alliance qu’il va sceller par le don de son propre sang. Cette nouvelle alliance ne prendra effet qu’après son départ. En effet sa Parole, du fait de sa présence physique, restait en quelque sorte extérieure au cœur de ses disciples, le poids de sa présence faisant obstacle à l’intériorisation annoncée dans cette nouvelle alliance. Après son départ, c’est donc l’Esprit qui opérera cette mutation et permettra à sa Parole de pénétrer le cœur de ses disciples et à travers eux de se diffuser. Ces actions de l’Esprit vont se répandre sous des formes multiples et variées en fonction d’une part de la personnalité propre de chacun et d’autre part du contexte social, politique religieux dans lequel les disciples sont appelés à annoncer la « bonne nouvelle ».

Ainsi l’Esprit qui s’est déployé  plus ou moins implicitement dans l’espace et dans le temps biblique, se révèle explicitement après la mort et la résurrection de Jésus. Son action apparait alors indéfectiblement liée à cet évènement et fait entrer l’humanité dans une nouvelle ère, l’ère de l’Esprit et lui donne un nouveau « souffle ». Le livre des « Actes des apôtres » inaugure cette nouvelle ère.

Luc, rédacteur des premiers temps du christianisme

Ce livre des « Actes des Apôtres » ne constitue pas à proprement parler une histoire exhaustive des débuts du christianisme. Son auteur, Luc, rédacteur d’un évangile, est certes reconnu comme un enquêteur assez sérieux, même s’il fait appel parfois à un genre littéraire de type « merveilleux» très classique à l’époque, mais il n’avait évidemment pas les moyens ni logistiques ni techniques pour suivre toutes les actions de chaque disciple de Jésus. En effet ceux-ci, menacés de mort à Jérusalem, vont quitter la Judée et se disperser dans tous les pays voisins pour annoncer la « Bonne nouvelle ».
Luc en tant que compagnon de Paul relatera les voyages et les actions «d’évangélisation» de ce personnage central des premiers temps du christianisme. Les actions des autres disciples sont plus méconnues, mais l’histoire et diverses traditions en feront état en dehors des écrits bibliques.

Ascension – Pentecôte

Le cadre de  la première partie du livre est centré sur Jérusalem. Après le départ de Jésus (l’« ascension » Ac 1, 6-11), Luc relate l’évènement fondateur de cette venue de l’Esprit lors de la fête du Chavouot, fête juive qui remémore cinquante jours après la Pâque, la fête de la libération d’Egypte, le don de la Loi au peuple par Moïse au Sinaï.
Le nom de cette fête en grec était Pentecôte (cinquante jours). Le choix de cette date signifie que le don de l’Esprit entre en résonance, prolonge et accomplit ce don de la Loi. L’image utilisée, « un bruit comme celui d’un  violent coup de vent » (AC 2, 2) , rappelle le bruit du tonnerre au Sinaï ainsi que le feu qui se manifeste ici sous forme de langues.

Cette image des langues de feu qui se posèrent sur chacun des participants trouve sa signification symbolique dans les versets qui suivent : très mystérieusement une foule hétéroclite utilisant une multitude de langues différentes comprend parfaitement les disciples qui ne connaissaient aucune de ces langues. Cette mention de la compréhension de tous pourtant séparés par l’usage de langues différentes fait référence et est le pendant d’un épisode relaté tout au début de la Bible, la « tour de Babel » (Gn 11):
Souvenez-vous dans ce récit, le Dieu «créateur du monde » cherche à entraver la volonté des hommes, qui poussés par la peur de n’être rien, veulent démultiplier leur puissance (la tour) en ne faisant qu’un derrière un chef  (la tête de la tour qui touche le ciel). Cette tentative de communion par l’uniformisation qui passe par le renoncement à l’expression individuelle déplait à ce Dieu. En effet la volonté des humains de se mettre unanimement sous la coupe d’une autorité contrecarre la diversité voulue par le créateur. Ce Dieu en créant des langues différentes préfère prendre le risque de l’incompréhension entre les humains et donc du conflit entre les peuples plutôt que de voir l’humanité s’engager dans cette impasse. L’histoire biblique apparait dans cet épisode, comme cette longue et douloureuse gestation de l’humanité pour réaliser une communion entre les hommes, non par une quête d’unité-uniformité mais par le partage des diversités.

Cet Esprit, qui allie l’universalité de l’humanité et la pluralité de son action à travers la diversité des cultures et la singularité de chaque individu, est bien la réponse au mythe de la division de Babel provoquée par la tentative des hommes de s’uniformiser.

Discours de Pierre

Dès le début du livre l’action de l’Esprit se manifeste de façon spectaculaire, par la transformation du personnage de Pierre.
Suite à cet étrange phénomène de la compréhension de tous en des langues différentes, cet homme qui s’est caché lors de l’arrestation de Jésus, qui a tremblé devant une servante qui le soupçonnait d’être un disciple de Jésus, prend audacieusement la Parole en public : il commence par balayer le fait qu’ils ne sont pas saouls… en effet, il n’est que neuf heures du matin !!! Puis il invective les autorités, les accuse d’avoir tué ce Jésus :
«  cet homme (Jésus), selon le plan bien arrêté par Dieu dans sa prescience, vous l’avez livré et supprimé en le faisant crucifier par la main des impies…» (Ac 2,23).

Ainsi ce Pierre que nous avons vu avec ses collègues plutôt couard lors de l’arrestation de Jésus, incapable de percevoir toute la portée de l’enseignement de Jésus, même après l’avoir vu ressuscité (les disciples espéraient encore qu’il allait « rétablir le Royaume pour Israël » (Ac 1,6)), fait preuve d’une profonde intelligence des écritures, d’une énergie, d’une audace et d’une assurance qui stupéfie l’entourage et provoque une vague d’adhésion au message de Jésus. Il met cela explicitement sur le compte de l’Esprit :
« Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, nous tous en sommes témoins.  Exalté par la droite de Dieu, il a donc reçu du Père l’Esprit Saint promis et il l’a répandu, comme vous le voyez et l’entendez. » (Ac 2,32).

Ainsi « animé par l’Esprit », au cœur de la vie quotidienne, lui et les autres disciples vont traverser d’énormes difficultés pour finalement arriver à « soulever des montagnes », puis cet Esprit en se répandant dans le monde par le canal de ces premières communautés chrétiennes va bouleverser l’histoire de l’humanité et lui donner un sens.

La première communauté

L’effet de cet Esprit sur les personnes qui se joignent aux disciples est aussi radical que précis :
« Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. »(Ac 2,42).

Les ressorts de cette communion fraternelle naissante vont alors reposer sur trois piliers, l’écoute de la Parole, le partage du pain et la Prière. S’en suit une description idyllique de cette première communauté :

« La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. » (Ac 2,43).

Cette description de la première communauté servira de références à toutes les réformes « portées par l’Esprit » pour lutter contre les dérives qui vont jalonner toute l’histoire de l’Eglise.

Les voyages de St Paul apôtre

carte voyages de Paul

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Paul_de_Tarse

Transmission des Mémoires des Apôtres

carte mission des apôtres

….. à suivre

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