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Retrouvez une conférence du philosophe Martin Steffens
dans une vidéo sur le thème « méditation pleine conscience et prière »

et un article qu’il a écrit dans le journal La Croix, paru le 27/4/20:

« Le confinement est un » temps idéal pour prier ». Idéal pour s’y mettre. Ou pour s’y mettre davantage. Comme la course à pied, le tricot ou la lecture. Le problème vient de ce qu’il n’y a rien de plus éloigné de la prière que cette idée d’idéal. L’idéal est la représentation mentale que, en raison de sa perfection, on érige en norme de son action et on juge de la réalité. La femme qui attend un enfant espère être une mère idéale : patiente, organisée, prête à offrir à son enfant tout ce qu’elle-même n’a pas reçu dans son enfance. Ce qui travaille idéal, c’est une logique ascendante : on projette dans le futur un Moi rêvé, sinon parfait, et en tous les cas meilleur, puis on fait l’effort vers lui. Le seul défaut du Moi idéal, c’est de n’être pas. Ou pas encore. Ou toujours pas. Mais à qui la faute ? Pas à l’idéal puisqu’il est parfait ! La faute au moi réel, incarné, qui finirait presque par désespérer de sa réalité …

Heureusement pour nous, la prière commence là où l’idéal cesse. La prière, c’est la logique descendante : vois, mon Dieu, comme je ne suis pas prêt, comme je ne suis pas digne de te recevoir, comme je suis à côté, loin de Toi, loin de tout, loin du compte. C’est rencontrer sa propre sécheresse. » Nous ne savons pas prier », disent les disciples de Jésus (Lc 11,1). C’est là un bon début. Peut-être le seul. Ne pas savoir quoi dire. Et le dire. Balbutier et bégayer. Ce dernier mot vient d’ailleurs de l’anglais to beg qui signifie « prier »..Plus exactement : « supplier, « mendier ». La prière confie ces choses que l’on ne dit qu’en suppliant, en se pliant. Ce n’est même pas qu’on se met à genoux, on l’est déjà.

Il y a certes des prières qui ont la grâce de l’évidence. Il y a l’action de grâce. Le merci qui monte irrésistiblement, en saluant la clarté de l’aurore ou en rendant à l’inconnu le sourire qu’il me tend. Mais on parle ici d’une prière à laquelle se mettre en temps de confinement, d’inquiétude, d’ennui, de détresse. Or tout ce que nous rencontrons, dans cet effort pour se concentrer un peu, c’est notre impuissance. La prière n’y peut rien. Elle y consent seulement.

Dans l’ordinaire de notre vie, nous partageons au monde nos aptitudes. Dans notre prière, nous offrons notre part d’impuissance. C’est ce qui la rend toujours possible et actuelle. Car si la prière commence là où elle croyait avoir atteint son point de nullité ultime, rien ne doit l’interdire, pas même notre inaptitude à prier. Il n’est jamais besoin d’attendre que les conditions soient idéalement réunies, si ce que nous offrons dans la prière, c’est notre humble condition de femmes et d’hommes.

Plus ça avance, plus je crois que le confinement n’est le temps idéal de rien. Prier n’est pas avoir trouvé un bon moyen pour cesser enfin de perdre son temps quand celui-ci était encore accaparé par mille choses. C’est toujours le perdre. Mais c’est le perdre pour Dieu, comme on accepte par avance de prendre avec un proche le temps qu’il faudra. On peut réussir sa relaxation, son heure de méditation pleine conscience. La prière elle, est l’aveu premier d’un échec. À cause d’elle nous sommes appelés à échouer. Dans les bras de Dieu. »

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