skip to Main Content
image_pdfimage_print

Advenue de Jésus

Après ces 3 années à partager autour de la lecture de ce que les chrétiens appelle  l’ « ancien testament », la Tanakh pour les juifs (Torah + Neviim(les prophètes) + Ketouvim (autres écrits), nous allons aborder les textes fondateurs du Christianisme, textes qui s’articulent autour de l’advenue d’un certain Jésus dont la date de naissance théorique calculée au VIème Siècle (après Jésus Christ !!!)  servira de base au calendrier julien en usage dans l’empire romain, calendrier qui sera réformé au XVI ème pour donner le calendrier grégorien  qui deviendra  progressivement la norme universelle. Je relève ce point pour illustrer le caractère hors norme de ce personnage et son impact dans l’histoire puisque les historiens parlent d’une nouvelle ère, « l’ère chrétienne ».
Quatre livres, appelés « Evangiles » (c’est-à-dire « Bonne Nouvelle »), attribués à 4 personnes : Matthieu, Marc, Luc et Jean,  écrits quelques dizaines d’années après sa mort nous ont transmis son enseignement, les faits extraordinaires de son action qui se termineront dramatiquement par sa mise à mort sous l’impulsion des responsables religieux de Jérusalem puis, selon de nombreux témoins, par sa résurrection.
Il faut noter que nous disposons d’autres textes qui relatent les faits et gestes de Jésus, appelés évangiles apocryphes, mais ce textes sans être rejetés comme inintéressants ou faux ont été considérés dès les premiers siècles par la tradition (du latin tradere = transmettre) comme étant trop éloignés des faits pour que leur témoignage puisse être authentifié. Ces faits de l’histoire de Jésus vont provoquer une rupture (schisme) au sein même du Judaïsme dont nous avions vu la dernière fois qu’il était traversé par une très grande diversité de courants souvent opposés les uns aux autres (Saduccéens, Pharisiens, Zélotes, Esséniens,…). Au départ la communauté des disciples de Jésus (tous juifs comme Jésus lui-même) s’inscrit comme un nouveau courant du judaïsme, mais très vite ce courant va attirer les « craignant  Dieu », ces non-juifs, de culture grecque qui s’éloignent de leur dieux pour se tourner vers le monothéisme de cette religion juive qui leur paraît intellectuellement et spirituellement comme très supérieure. Il faut bien voir qu’à l’époque de Jésus, la diaspora (=dispersion) du judaïsme était considérable. Les historiens estiment à une quinzaine de millions le nombre de juifs à cette époque dont seulement moins de 1 million en Judée. Les deux grands pôles du judaïsme que furent la Perse et l’Egypte après la destruction du premier temple, ont par la suite essaimés et de très nombreuses communautés virent le jour aussi bien en Orient qu’en Occident.  La synagogue de ces communautés servit de point d’appui à la diffusion du message évangélique.  L’adhésion rapide à l’enseignement des disciples de Jésus, de ces nombreux non-juifs, « craignant Dieu » qui gravitaient autour de ces synagogues, provoqua l’éclatement du cadre stricte du judaïsme.
Quel est donc ce Jésus que l’on appelle Christ (c’est-à-dire Oint ou Messie) ?
Que nous en disent ces textes ?

Mais avant de se pencher sur le contenu de ces textes et les questions relatives à l’identité de ce Jésus, il me semble important de se pencher rapidement sur la genèse de ces textes :

– quand ont-ils été écrits ? Dans  quelle langue ?  Par qui ? Dans quelle optique ?

– pourquoi 4 évangiles canoniques? Pourquoi  des différences entres les 4, et pourquoi les ressemblances, en particulier entre les 3 premiers appelés synoptiques?

 Histoire de l’écriture des évangiles

Nous sommes en face de quatre Livres qui portent chacun le nom de leur auteur : Mathieu, Marc, Luc et Jean. Qui sont ces personnages et quels furent leur lien avec ce Jésus ?

MATTHIEU

Il est généralement admis que Matthieu, l’auteur présumé de ce premier évangile, est le Mathieu, publicain, collecteur d’impôts,  dont il parle dans son texte que Jésus appelle et invite à le suivre, au grand scandale des pharisiens !

Comme il s’en allait, Jésus vit, en passant, assis au bureau des taxes, un homme qui s’appelait Matthieu. Il lui dit : « Suis-moi. » Il se leva et le suivit. (Mt 9,9)

Ces collecteurs d’impôts soupçonnés de s’en mettre plein les poches étaient naturellement très mal perçus dans la société (pour payer ses impôts on n’envoyait pas de chèque à l’époque, le percepteur  devait rentrer chez vous pour prendre l’argent !!!) alors qu’eux les pharisiens étaient les « gens biens », très religieux, détachés de l’argent, l’élite du peuple juif.
Dans deux autres évangiles (Luc et Marc) cet épisode est aussi raconté, mais le publicain s’appelle Levi et non pas Matthieu.

Jésus s’en alla de nouveau au bord de la mer. Toute la foule venait à lui, et il les enseignait. 14 En passant, il vit Lévi, le fils d’Alphée, assis au bureau des taxes.
Il lui dit : « Suis-mois. » Il se leva et le suivit. (Mc 2,13-14) (Lc 5,27)

Matthieu et Levi sont- ils le même personnage ? La tradition dit que oui. Il était courant à cette époque chez les juifs hellénisés de doubler le nom juif (Levi) par un nom grec (Mattheus). Nous savons très peu de choses sur ce disciple de Jésus qui fait partie du collège des douze et qui comme tel a dû suivre Jésus pendant toute sa vie publique.
Qu’a-t’ il fait après ?
Il serait resté longtemps à Jérusalem avant de partir vers les années 60 dans un pays inconnu (Syrie ? Inde ? Egypte ? Ethiopie ? ) d’où il aurait rédigé son Evangile probablement en araméen au départ (mais nous n’avons plus aucune trace de ce texte). Pour les chercheurs qui s’appuient sur certains détails, la version définitive en grecque qui nous est parvenue fut achevée dans les années 80, peut-être par Matthieu lui-même mais plus probablement par des disciples après sa mort. Matthieu faisait partie de ces juifs hellénisés, lettrés qui avait une profonde connaissance des textes bibliques et dans son Evangile il va lourdement insister sur l’enracinement de Jésus et de son message dans le judaïsme. Ce rattachement n’allait pas forcément de soi à une époque où la séparation d’avec le judaïsme officiel était déjà consommée (vers 60). Ces premières communautés que l’on ne nomme pas encore «  chrétiennes » constituent à ses yeux le nouvel Israël qui a vocation à rassembler toute l’humanité par cette ultime révélation du Dieu d’Israël en la personne de Jésus.

MARC

De Marc, l’auteur selon la tradition du deuxième évangile, les quatre textes ne nous disent rien, ni lui dans son propre texte, ni les trois autres. Par contre dans un autre texte, les Actes des apôtres (livre qui comme son nom l’indique relate les actions des disciples de Jésus après sa mort), il est fait plusieurs fois allusion  à un certain Jean surnommé Marc (Ac 12,12-14,25). On retrouve comme pour Matthieu cette pratique d’un double nom. Jean est un nom hébreu alors que Marc vient du latin (Marcus). Marc ne faisait donc pas partie du petit groupe de douze autour de Jésus, mais sa présence aux cotés de Paul et Barnabé serait attestée dans les années 45-50. Cette collaboration tourna vinaigre pour une raison inconnue. Marc partit de son côté probablement pour Rome où il aurait retrouvé  Pierre; Paul vécut assez mal ce départ et un conflit s’en suivit avec Barnabé au point qu’ils se séparèrent (en 49 ou 50). Cette querelle a du s’estomper, car plus de dix ans plus tard, Paul dans une lettre aux Colossiens (autour de 61) recommande Marc à cette communauté (Col 4,10)  puis dans une autre lettre  à Timothée, il le réclame à ses côtés (2Tim 4,11).
Marc aurait rédigé son Evangile pendant son (ou ses) séjours à Rome entre 50 et 60 ( ?). La présence dans son texte de latinisme, sa volonté d’expliquer à chaque fois les citations bibliques et le sens des pratiques juives montrent bien qu’il s’adresse à une population latine lettrée (il écrit en grec) non juive. La place que tient Pierre dans son évangile (pas toujours vu sous son meilleur côté d’ailleurs) nous laisse à penser qu’il a été proche de ce dernier.
L’Evangile de Marc serait donc chronologiquement le plus ancien.
Vers 60, il fonde l’évêché d’Alexandrie, d’où la place très importante qu’il tient encore de nos jours dans les églises coptes d’Egypte. Il meurt probablement quelques années plus tard (en 62 ?).

LUC

L’auteur du troisième évangile parle à la première personne dans un prologue qu’il adresse à un certain Théophile à la manière des écrits grecs de cette époque. Il reconnait n’être pas le premier à avoir écrit sur Jésus (connaissait-il déjà  le texte de Marc ?) mais il dit avoir exploré d’autres sources d’informations auprès de « témoins oculaires » de ces évènements. C’est donc aussi à un travail d’historien qu’il prétend s’être attelé, prétention qui accrédite l’origine grecque de l’auteur. Son Evangile se présente comme un premier volume d’une histoire de la genèse du christianisme, il écrira un deuxième volume connue sous le nom des « Actes des apôtres ». Sa langue beaucoup plus riche et plus claire que les deux évangélistes précédents, son souci d’expliquer la géographie de la Palestine ainsi que  les usages des juifs laissent à penser qu’il s’agit d’un grec lettré qui s’adresse à d’autres grecs qui peuvent ignorer la culture juive. La tradition identifie cet auteur à un certain Luc, médecin de son état, dont Paul atteste la présence auprès de lui à plusieurs occasions  (en Col 4.14 ; Phm 24 ; 2 Tm 4.11). Luc était-il un de ces « craignant Dieu », de ces grecs attirés par le judaïsme qui vont rallier rapidement les premiers chrétiens ? Son Evangile, écrit par un grec pour des grecs, aurait été écrit vers 80-90, sûrement après la destruction de Jérusalem en 70 à laquelle il fait allusion.

JEAN

L’identité de l’auteur de ce quatrième évangile semble être très claire, puisque dans une sorte de postface,  le disciple qui était assis à côté de Jésus lors de son dernier repas avec ses disciples, est présenté comme l’auteur sinon le rédacteur de ce texte :

«  C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est conforme à la vérité. Jésus a fait encore bien d’autres choses : si on les écrivait une à une, le monde entier ne pourrait, je pense, contenir les livres qu’on écrirait »(Jn 21,24)

La tradition a toujours associée l’auteur de cet évangile à ce disciple « que Jésus aimait ».
Les chercheurs ont cependant soulevé quelques questions qui rendent l’attribution de ce texte purement et simplement à ce disciple  plus problématique. Les deux principaux éléments à leurs yeux qui posent problèmes, c’est d’une part le texte lui-même qui semble bien comporter des rajouts, des sutures qui laissent à penser qu’il y a eu réécriture comme le passage cité  ci-dessus avec ce « nous savons » et d’autre part la date d’écriture de ce texte que l’on ne peut raisonnablement pas fixer avant 90 ( la rupture avec le judaïsme semble bien consommée et les problématiques du texte semble refléter un questionnement qui n’est apparu que tout à la fin du premier siècle). Jean, le disciple, même s’il pouvait être encore vivant (il termina ses jours comme évêque d’Ephèse sous le règne de Trajan) aurait fait preuve d’une très remarquable longévité intellectuelle. Pour toutes ces raisons, les scientifiques préfèrent parler d’une « école johannique » pour parler de l’auteur de cette œuvre très singulière, extrêmement élaborée, où presque chaque mot, au-delà d’un premier abord simple et anecdotique révèle une richesse symbolique incomparable lourde de sens théologique.

Authenticité historique de ces textes.

L’historicité de ces textes ne posent plus de problèmes aux historiens modernes tant les manuscrits retrouvés sont nombreux, anciens et dispersés dans l’espace.
Le manuscrit le plus ancien retrouvé à ce jour est un morceau de l’évangile de Jean trouvé en Egypte au bord du Nil, (très éloigné d’Ephèse où il fut rédigé) et que l’on a pu dater de 125, soit seulement à peu près 30 ans après sa rédaction. Temps  extrêmement court. A titre de comparaison les manuscrits les plus anciens de l’œuvre de Platon datent du 11ème siècle (soit 1500ans après leur rédaction !). Les chercheurs disposent de plus de 100 papyri  de ces évangiles datés entre le IIème et le VIIIème siècle et au total les manuscrits dans la langue grecque originale sont au nombre d’environ  5.700 ! Si l’on comptabilise les manuscrits dans d’autres langues (latin, copte, syriaque, etc…) c’est  près de 20.000 manuscrits qui sont à la disposition des chercheurs. C’est dire l’incroyable diffusion de ces textes dans l’espace et dans le temps. Phénomène unique.

Authenticité historique du contenu de ces textes.

Si l’historicité de ces textes malgré quelques incertitudes sur les dates exactes de leur rédaction et la personnalité de leurs auteurs est clairement avérée, leurs contenus vont poser de nombreuses questions à nos historiens modernes.

Ces quatre livres prétendent relater des faits et gestes d’un certain Jésus. Or malgré tous leurs efforts les chercheurs ne peuvent établir sur la base de ces récits une chronologie des événements satisfaisante. Les recoupements possibles des faits relatés dans ces textes pendant la vie de Jésus, avec l’Histoire tel que nous la connaissons à travers les écrits romains ou grecs existent, mais sont très peu nombreux et très ténus: le recensement, le roi de Judée Hérode, le massacre des enfants de Bethléem dont il est fait allusion à la naissance de Jésus, la mort d’Hérode, la présence d’un gouverneur romain du nom de Pilate. Par ailleurs aucun de ces quatre textes ne donne une chronologie exacte de la vie de Jésus ; enfin si l’on tente malgré tout d’en établir une, sur la base d’un des évangiles, cette chronologie va être infirmée sur certains points par un des trois autres. Il n’y a pas de cohérence chronologique parfaite ni avec les faits connus par des documents externes aux évangiles, ni en interne par comparaison des quatre textes entre eux.

Comment ces textes ont-ils été élaborés ?

Nous avons dit plus haut  que le plus ancien de ces textes a été écrit au plus tôt 30 ans après la mort de Jésus et celui de Jean 60 à 70 ans après sa mort. Ces délais entre la rédaction des textes et le déroulement des événements peuvent expliquer naturellement ces différences chronologiques. Mais ce n’est pas là la cause fondamentale. Il faut le répéter, en fait ces auteurs à l’instar des auteurs bibliques ne cherchent pas à faire œuvre d’historien ; à travers leur choix chronologique, ces auteurs ne cherchent pas à donner une information spatio-temporelle, mais l’articulation des événements ont une valeur symbolique à travers lesquels ils cherchent à faire passer un enseignement. Et ces enseignements comme nous le verrons ont des couleurs spécifiques pour chaque évangéliste.

En fait et c’est assez paradoxale, ce qui pose problème aux exégètes, ce n’est pas tant les différences entre les quatre évangiles qui s’expliquent somme toute assez facilement,  que la grande similitude de nombreux passages entre les trois premiers évangiles de Matthieu, Marc et Luc (Jean délibérément et il le dit n’a choisi que quelques faits de la vie de Jésus) . Les similitudes sont telles que l’on a pu faire une présentation synoptique (vue d’ensemble parallèle) de ces trois évangiles. Comme par ailleurs il n’est pas du tout évident que Mathieu et Luc aient connu l’évangile de Marc et que d’autre part certains événements sont dans Mathieu et Luc et pas dans Marc, on est amené à penser que circulaient après la mort de Jésus des recueils des faits et gestes de Jésus et que chacun de ces évangélistes avait eu accès à une partie de ces recueils, mais sans doute pas à tous. Avec ces matériaux, chacun de son côté  avec ses origines et sa culture,  ils ont fait œuvre de théologien plus que d’historien.

Peut-on pour autant émettre des doutes scientifiques sur l’existence de Jésus ?

L’existence de Jésus  a fait l’objet de nombreuses remises en question à travers l’histoire. Tous les artisans de cette remise en question évoquent la partialité des évangélistes. Argument parfaitement recevable en soi et qui serait probablement assumé par les évangélistes eux-mêmes, mais argument que l’on peut tout aussi bien renvoyer à leurs auteurs tant leur volonté de nier l’authenticité de Jésus semble explicitement déterminée par le désir de s’opposer aux pouvoirs de l’Eglise de leur époque.

Prenons l’argument selon lequel Jésus n’est pas mentionné dans l’histoire romaine de son époque. Mais là c’est à peu près comme si l’on voulait qu’un conflit entre deux imams dans un souk de Marrakech, qui tourne mal pour l’un des deux protagonistes, fasse la une du Washington Post le lendemain matin. En plus il n’y avait ni journaux, ni téléphone, ni internet ! Cependant  deux courtes mentions faites par Flavius Josèphe dans son « Antiquités Juives » sur un certain Jésus ainsi que deux allusions dans le Talmud  permettent d’énoncer qu’il y bien eut sous Ponce Pilate un Rabbi itinérant qui fut dénoncé par les autorités religieuses pour des motifs de sorcellerie et condamné à mort. Les disciples de ce Rabbi créèrent une nouvelle communauté qui se propagea très vite dans tout l’empire jusqu’à Rome où leurs effectifs furent suffisamment nombreux pour que Néron, seulement trente ans environ après la mort de ce Jésus, puisse en faire des boucs émissaires.
Le Jésus historique ne nous est donc connu, presque exclusivement, qu’à travers ces quatre textes (les autres évangiles, dit apocryphes écrits nettement plus tardivement n’apportent rien de plus sur ce strict plan scientifique). Si donc ces textes ne constituent pas une preuve irréfutable de son existence historique, les traces laissées par cet homme dans l’histoire sont tellement massives, qu’il est raisonnablement impossible de nier cette existence.

D’ailleurs la question aujourd’hui n’est plus : Jésus a- t-il existé ou non ?  En dehors même des chrétiens, la question ne fait plus guère de doutes, mais plutôt : Qui est ce Jésus ?

Historicité de Jésus

A cette question chacun des quatre évangélistes, à sa manière, dans son contexte culturel propre, va de fait donner des réponses. Nous les verrons par la suite.  Mais ces réponses sont assez déroutantes pour nous modernes qui pour satisfaire notre intérêt pour  un personnage historique, avons pour premier réflexe de chercher une biographie détaillée de celui-ci. Où est-il né ? Qui étaient ses parents ? Comment était-il physiquement ? Quel était ses rapports avec ses parents, avec ses amis ? Quel était son caractère ? Marchait-il vite ou plutôt d’un pas calme et posé ? Etait-il toujours en action ou au contraire plutôt d’un tempérament songeur ?
Sur ce plan nous sommes très frustrés car  les évangiles ne nous donnent pas d’informations précises physiques ou psychologiques, qui nous permettraient de mieux cerner le personnage, d’éprouver pour lui des sentiments de sympathie ou d’antipathie. Non …rien. Luc et Matthieu nous donnent bien une généalogie de Jésus et de son père Joseph qui remontent jusqu’à la nuit des temps mais tout ça pour nous dire en final que Joseph le père n’était pas vraiment son père du moins génétiquement parlant… sa mère Marie étant vierge quand elle est tombée enceinte !!! Quant à son enfance, son caractère, son physique … rien ou quasiment rien. La sobriété des évangélistes sur le personnage Jésus est sans égal. On est loin, très loin de notre  presse people, très loin même de nos biographes modernes qui évitent pourtant les excès de ces dernières. Les évangélistes ne sont pas des biographies édifiantes de Jésus ; leurs écrits n’ont pas pour objectif d’alimenter notre curiosité sur sa personne. Le personnage historique de Jésus nous est définitivement inaccessible. Il a lui-même de son vivant évité toute tentative d’emprise sur sa personne. On ne peut ni le toucher  à l’instar de Marie Madeleine au matin de la résurrection ni même le reconnaître physiquement comme ces disciples sur le chemin d’Emmaüs.  Il en est bien ainsi.

C’est que les Evangiles sont des témoignages sur le message, la « bonne nouvelle » des paroles et des actes de Jésus, leur sens pour l’humanité. Le centre des évangiles n’est pas le personnage de Jésus en tant que tel, mais ses paroles et ses actes qui révèlent le sens de la vie de tout homme en général et de chacun de nous en particulier. Jésus a tout fait pour nous éviter le risque bien réel, comme on peut le voir chez certaines sectes qui se réclament de Jésus, d’une aliénation  par une fixation psychique sur sa personne. Jésus ne veut pas être un gourou. Trop de précisions sur sa personne historique n’aurait qu’aggravé le risque de fétichisme. N’éprouve-t-on pas d’ailleurs un certain malaise à le voir incarné par un acteur dans des films, aussi bon soit-il ?

Dieu se révèle ou plutôt nous révèle à nous-mêmes en se retirant mais en nous laissant sa trace, comme à Moïse.

Traces qui sont paroles, souffle, Esprit.

Back To Top