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Reprise de la Loi

Le Titre de ce dernier livre de la Torah (Pentateuque) vient de la traduction de la Septante (3 siècles av. J.C.), il signifie deuxième (deutero) Loi (nomos).

En effet ce livre peut être vu comme une reprise de la Loi que nous avons aperçue dans les 3 livres précédents. En particulier ce que nous appelons « les dix commandements » (Ex 20) se retrouve quasiment à l’identique dans ce livre (Dt 5).

L’arrière-plan historique de ce livre est à peu près le même que celui du livre des Nombres, il recouvre comme lui la période qui va globalement de la sortie d’Egypte à l’entrée dans la terre promise, la terre de Canaan. Les évènements relatés sont donc pour la plupart déjà connus et sur le plan historique, ce livre ne nous apporte que peu d’éléments nouveaux.

Alors quel est l’apport de ce Livre ?

De tout temps, du code d’Hammourabi (texte juridique Babylonien datant de 1800 ans avant J.C.), à notre code civil Napoléonien l’objectif de la Loi est de définir des règles pour organiser la société et tout spécialement pour canaliser les violences, désamorcer les forces qui chez l’homme tendent naturellement à rendre la vie en société très difficile. Ces règles assorties de sanction pour les contrevenants  sont regroupées dans ce que l’on appelle un « code juridique ». Ce genre de littérature formaliste, prescriptive et punitive  ne laisse pas beaucoup de place, à priori, à l’expression des sentiments. Or dans le livre du Deutéronome, même si dans bien des passages l’on retrouve cette froideur un peu fastidieuse de tout code de loi, il se dégage parallèlement une impression à la fois très grave et solennelle associée à une dimension personnelle et affective qui lui donne un caractère totalement inédit dans la littérature juridique de l’humanité. On retrouvera cette couleur concrète et chaleureuse de la Loi plus loin dans la Bible en particulier dans le plus long psaume de la Bible, le psaume 119 (118), hymne extraordinaire à la Loi qui illustre parfaitement cet aspect charnel de la Loi.

« Combien j’aime ta Loi, tous les jours je la médite…
Que tes ordres sont doux à mon palais, plus que le miel à ma bouche !…
Aussi j’aime tes commandements plus que l’or, même le plus fin…
La détresse et l’angoisse m’ont saisi, mais tes commandements sont mes délices. » (Ps 119, 97+ 103+127+143).

La dimension affective est telle que l’on peut légitimement se poser la question : que recouvre le mot Loi dans ce Livre et quelles sont donc les spécificités de cette Loi juive ?
Cette nouvelle lecture de la Loi est présentée dans le cadre d’un long discours de Moïse au peuple. Le mot hébreu « Tora » que la Septante a traduit  en grec par nomos mot  que nous traduisons en Français par « loi » est plus large et plus riche que la simple dimension juridique et prescriptive. La Tora n’est pas qu’un ensemble de préceptes, elle est une Parole qui à la fois commande et enseigne comme l’indique bien le titre de ce livre dans la bible hébraïque : « Les Paroles ». Alors que dans le Livre du Lévitique le style général du livre est celui d’un législateur, celui du Deutéronome est plutôt celui d’un prédicateur. Son enseignement est  associé à une relation intime et personnelle du peuple avec Yhwh, il donne les critères qui éclairent le sens des événements passés et à venir du peuple. Il constitue en quelque sorte le testament spirituel de Moïse pour asseoir et renforcer les fondements de ce peuple en construction. Ce sont ces clefs d’interprétation de toute l’histoire de la Révélation qui créent ce peuple nouveau. On trouve dans le Deutéronome les germes qui préfigurent la lecture de la Loi que fera Jésus. De là vient le qualificatif  « d’évangile de l’Ancien Testament » que l’on a parfois donné à ce livre.

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