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Un peuple en marche, en révolte et en formation

Ce Livre qui succède au Livre du Lévitique est ainsi nommé parce qu’il contient dans ses premiers chapitres (1-5) ainsi que dans le chapitre 26, les dénombrements de chaque tribu d’Israël, avec un recensement plus détaillé, par clan, de la tribu de Levi.

Il poursuit l’histoire des origines, entamée par le Livre de l’Exode. Sa lecture est assez déroutante car, outre ces recensements, il intercale des prescriptions rituelles et le récit d’évènements au désert sans que l’on puisse faire le lien entre les deux. Ces prescriptions rituelles assez disparates semblent venir compléter des prescriptions plus anciennes. Il est par ailleurs difficile d’établir une chronologie des événements relatés, qui ont pour certains un air de déjà vu dans le livre de l’Exode.

Le cadre narratif de ce livre s’articule autour de récits de la « traversée du désert » qui est aussi « marche vers la terre promise ». Ces deux  expressions passeront dans notre langage courant pour illustrer symboliquement les moments d’obscurité, de doutes, de dépressions qui nous envahissent quand nous sommes affrontés à des obstacles qui nous paraissent insurmontables, tout en gardant l’espoir de voir un jour le bout du tunnel.

 

Le thème central du Livre qui donne son unité à cet ensemble apparemment assez hétéroclite est celui d’un peuple en marche, qui traverse des crises violentes, alternant abattements, doutes et révoltes pour aboutir à la contestation de l’autorité de Moïse malgré les promesses de Yhwh et les miracles portés par lui.
La marche dans le désert avec pour objectif la terre promise est loin d’être un long fleuve tranquille, elle va s’apparenter plutôt à une sorte d’errance chaotique semée d’embûches dont le but semble s’éloigner en avançant, où les controverses, les querelles, les soupçons ravivent la tentation d’un retour en arrière vers l’Egypte. La tonalité globale du livre est assez sombre. Mais le livre nous donne aussi le sens de ces épreuves, il s’agit à travers l’expérience de nos fragilités et de nos manquements aux exigences de sainteté, demandées au Sinaï, de ne pas céder au découragement et de conforter la confiance en Yhwh. La grande leçon à tirer de ce livre est que malgré les infidélités de son peuple, Yhwh maintient sa promesse, il reste fidèle. Mais cette fidélité n’est pas compromission, Il reste présent au milieu d’eux en « supportant tout…sans rien laisser passer » (Nb 14,18).

Opérations préliminaires avant le départ. (Nb 1-9)

Le premier recensement (Nb 1-4)

Avant de se mettre en marche, « les fils d’Israël établirent leurs généalogies par clans et par familles en relevant les noms des hommes de vingt ans et plus, un par un » (Nb 1,18).

Des longues listes qui s’en suivent, se dégage un sentiment d’un peuple bien organisé, bien structuré, « en ordre de bataille », prêt à partir et à affronter les combats à venir. Il faut souligner l’importance que tient dans le monde judaïque le « Nom » de chaque individu auquel est associée une place dans une généalogie. Chaque personne a une place spécifique non interchangeable. Un peuple ce n’est pas une foule anonyme avec des numéros.
Cette  notion de peuple où chaque personne est unique et irremplaçable s’oppose à l’idée de foule qui fait masse et donc plus facilement manipulable par un pouvoir autocratique.
Ce recensement se termine par un nombre total d’individus par tribus. Il ne faut pas pour autant donner à ces totaux une valeur historique. Le total ferait plusieurs centaines de milliers de personnes ce qui est largement invraisemblable. Ces nombres pourraient avoir une signification symbolique qui nous échappe ou refléteraient plutôt l’état démographique au moment où ces textes ont été écrits, c’est à dire plusieurs centaines d’années plus tard. Une autre explication de ce chiffre irréaliste est proposée: le terme de millier désignerait un contingent  qui ne dépasserait pas quelques dizaines d’hommes.
A noter que la tribu de Levi est traitée à part. Elle n’aura pas de territoire car ses descendants, les prêtres, seront affectés au service exclusif du culte.

Quelques prescriptions légales supplémentaires, et la bénédiction (Nb 5-6)

Les chapitres 5 et 6 rajoutent trois règles :
La première s’applique au cas de vol. Le voleur devra reconnaitre sa faute, restituer l’objet dérobé plus une pénalité d’un montant correspondant à 1/5 de la valeur de l’objet.
La deuxième plus cocasse, appelée « loi sur la jalousie »  donne la procédure à suivre en cas de soupçon d’infidélité porté par un homme envers sa femme. L’ordalie utilisé dans cette procédure relève encore clairement du magique (la femme doit avaler une potion qui n’aura pas d’effet si elle n’est pas coupable ou la rendra stérile dans le cas contraire), mais elle permettait néanmoins de cadrer les effets délétères des jalousies pathologiques de certains hommes.
La troisième est « la loi concernant le nazir » (Nb 6,13). Le nazir, ancêtre de nos moines, était une personne qui pendant un temps limité, choisissait de se consacrer entièrement à Dieu. Parmi les obligations qui incombent au nazir, il y a l’interdiction de consommer des boissons alcoolisées et de raser sa chevelure. A ne pas confondre avec les prêtres. On devient  nazir suite à un vœu, c’est un choix personnel limité dans le temps d’un mode de vie particulier alors que le prêtre descendant de la tribu de Levi est désigné par le peuple pour assumer une fonction institutionnelle permanente.
Ce chapitre se termine par une très belle formule de bénédiction que les prêtres devront utiliser sur le peuple :
“Que Yhwh te bénisse et te garde !
Que Yhwh fasse rayonner sur toi son regard et t’accorde sa grâce !
Que Yhwh  porte sur toi son regard et te donne la paix !”
Ils apposeront ainsi mon nom sur les fils d’Israël, et moi je les bénirai. » (Nb 6,22-27).

Le bien du peuple en général et le bien de chacun de ses membres en particulier advient par le regard que Yhwh porte sur eux. Vivre sous ce regard, c’est recevoir la paix et être associé au Nom même de Yhwh.

Prescriptions cultuelles (Nb 7-9)

Le chapitre 7 donne tous les détails des modalités des sacrifices d’offrande pour la dédicace de l’autel.
Le chapitre 8 décrit le rite de consécration des prêtres, les lévites, avant la prise en charge de leur fonction. A noter qu’ils n’exerçaient que de vingt-cinq à cinquante ans. Au-delà, à la retraite, ils n’avaient que des fonctions subalternes au service des autres, libres de toute responsabilité.
Le chapitre 9 précise d’abord le mode de calcul de la date de la fête de Pâque et s’achève par la mention de la nuée sur la demeure où était posée la charte, c’est-à-dire le document officiel qui règle la vie quotidienne du peuple d’Israël selon les principes de l’Alliance. Cette présence de la nuée sert d’indicateur dans la marche du peuple.
« Tant que la nuée s’attardait sur la demeure, que ce fût deux jours, un mois ou plus longtemps, les fils d’Israël campaient et ne partaient pas ; quand elle s’élevait, ils partaient. » (Nb 9, 22)

La mise en marche du peuple et les premières crises  (Nb 10-12)

La mise en route du peuple est organisée comme une procession liturgique. La trompette y joue un rôle important: un son modulé pour s’en aller, un son continu pour se rassembler. Chaque tribu est affectée à une place très précise par rapport à la tente.
Ce qui est curieux c’est qu’après cette représentation assez hiératique et théocratique de cette marche vers la terre promise, Moïse cherche un appui auprès des Madianites (dont est issue sa femme Cippora Ex 2,21), cette tribu du désert qui connait bien les pistes pour qu’ils les guident (Nb 11,29). Yhwh est bien leur guide, mais cette présence ne doit pas les infantiliser, ils doivent faire preuve d’intelligence et utiliser toutes les ressources disponibles pour tracer leur route. Nous avons déjà là l’amorce d’une symbolisation, d’une spiritualisation de la notion de guide du peuple.

Colère et découragement de Moïse (11,11-15)

Assez vite après ce départ arrivent les premières crises :
« Il y avait parmi eux un ramassis de gens qui furent saisis de convoitise, et les fils d’Israël eux-mêmes recommencèrent à pleurer : « Qui nous donnera de la viande à manger ?  Nous nous rappelons le poisson que nous mangions pour rien en Egypte, les concombres, les pastèques, les poireaux, les oignons, l’ail !  Tandis que maintenant notre vie s’étiole ; plus rien de tout cela ! Nous ne voyons plus que la manne. » (Nb 11,4-6)
La manne qui assure leur survie ne leur suffit plus. Ils en ont marre de ces galettes, toujours les mêmes. Du coup « Yhwh s’enflamma d’une vive colère et Moïse prit mal la chose » (Nb 11,10). Moïse coincé entre Yhwh et le peuple craque, il se retourne contre Yhwh. Il n’en peut plus, sa mission de porter ce peuple  “sur son cœur comme une nourrice porte un petit enfant, et cela jusqu’au pays que tu as promis à ses pères » (Nb 11,12),  est trop lourde et il demande à mourir. Yhwh lui promet alors de l’aide, il sera assisté par 70 anciens qui vont recevoir un peu de son esprit.
Moïse doit  alors transmettre ce message au peuple :
« Vous avez fait entendre cette plainte à Yhwh : Qui nous donnera de la viande à manger ? Nous étions si bien en Egypte ! Yhwh va donc vous donner de la viande, vous allez en manger ; et vous n’en mangerez pas seulement un jour ou deux, ni même cinq, dix ou vingt ; mais tout un mois, jusqu’à ce qu’elle vous sorte par les narines, jusqu’à ce que vous en ayez la nausée. Tout cela parce que vous avez rejeté Yhwh qui est au milieu de vous et parce que vous avez présenté cette plainte : Pourquoi donc sommes-nous sortis d’Egypte ?” » (Nb 11,21-23)
Yhwh « supporte tout », il est contraint de satisfaire leur convoitise et il va les satisfaire au-delà de leurs espérances, mais « il ne laisse rien passer », il les avertit, cette satisfaction de leur convoitise finira par les écœurer. Elle résulte d’un manque de  confiance en Sa présence parmi eux.
Moïse à son tour a des doutes sur la possibilité de satisfaire le peuple :
« Quand même on abattrait pour eux petit et gros bétail, cela leur suffirait-il ? Tous les poissons de la mer, si on pouvait les pêcher pour eux, leur suffiraient-ils ?”(Nb 11,22)
La réponse ne se fait pas attendre :
« Le bras de Yhwh serait-il si court ? Tu vas voir maintenant si ma parole se réalise ou non pour toi. ». (Nb 11,23)

Amorce du courant prophétique

Après ces échanges musclés, Yhwh réalise sa promesse et  « il préleva un peu de l’esprit qui était en Moïse pour le donner aux soixante-dix anciens. Dès que l’esprit se posa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais ils ne continuèrent pas ». (Nb 11,25)
C’est la première fois que nous rencontrons dans la Bible ce terme de prophétiser, acte qui prendra par la suite une très grande place.

D’où vient cette notion de prophète ?
Elle est décrite là comme déjà connue. Son origine plonge certainement dans des temps très anciens, antérieurs à la période biblique. Dans toutes les sociétés primitives on retrouve des individus ayant le pouvoir de se mettre dans des états de transe ou d’extase.  Leur fonction à l’instar de nos chamanes d’aujourd’hui, était d’entrer en contact avec les dieux, ce qui leur donnait lors de la manifestation de phénomènes de l’esprit, différents types de pouvoir : guérissons, voyance, guide des âmes, etc….
Comme pour la notion de sacrifice, le travail de l’histoire biblique est en partant de ces phénomènes, d’épurer cette notion, de la sortir de sa gangue idolâtre et de la sorcellerie associée au sacré archaïque. Un passage du livre du Deutéronome, le dernier livre de la Torah que nous verrons la prochaine fois (Dt 18,9-20), décrit clairement la fonction du prophète biblique, loin de ces manifestations parapsychologiques extraordinaires, il devra  accueillir au quotidien la Parole de  YHVH, charge à lui d’interpréter la Loi, de l’incarner et de transmettre à ses frères le sens des événements souvent dramatiques qu’il traverse. Nous verrons qu’il y a aussi dans la Bible des faux prophètes, la distinction entre les vrais et les faux n’est pas immédiatement évidente (Dt 18, 21-22). Ce sont les évènements eux-mêmes qui donneront raison au vrai prophète. Ceci étant nous verrons que tout au long de l’histoire biblique le discernement est relativement simple : les faux sont instrumentalisés par les pouvoirs et rendent des oracles qui les confortent alors que les vrais, le plus souvent, dénoncent les dérives du peuple et  prennent les pouvoirs établis à rebrousse-poil, ce qui leur vaut en général d’assez mal finir.

On voit bien dans ce passage que c’est Moïse qui joue ce rôle de prophète, mais comme il l’a demandé à Yhwh, soixante-dix anciens réunis sous la tente vont recevoir une partie de son esprit. Or il se trouve que deux hommes qui étaient sur la liste mais qui ne s’étaient pas présentés sous la tente sont tout de même envahi par l’esprit. Josué fidèle adjoint de Moïse veut défendre ce qui est perçu par lui comme les prérogatives du chef et cherche à faire taire ces deux personnages qui n’étaient pas dans les clous. Mais Moïse ne voit pas les choses ainsi :
 « Moïse répliqua : « Serais-tu jaloux pour moi ? Si seulement tout le peuple de Yhwh devenait un peuple de prophètes sur qui Yhwh aurait mis son esprit ! » » (Nb11,29)
Cet état de prophète qui suscite la peur et la jalousie n’est pas pour Moïse un privilège personnel à revendiquer et à défendre  mais une responsabilité aiguë qu’il souhaiterait assumée par tous.
Ce passage nous donne une autre grande leçon : l’Esprit fait éclater les limites que voudraient lui tracer les hommes, Il prend souvent le contre-pied de la représentation que s’en font les humains, Il bouscule, surprend, crée du nouveau comme on le verra d’ailleurs beaucoup plus tard à la genèse du christianisme (Acte des apôtres).

Contestation du pouvoir de Moïse par son frère et sa sœur (Nb 12)

Cette fois la critique de Moïse vient de ses plus proches, Aaron et Myriam, son frère et sa sœur : « Est-ce donc à Moïse seul que Yhwh a parlé ? Ne nous a-t-il pas parlé à nous aussi ? ». (Nb 12,2)
Moïse, perçu comme le modèle pour reprendre la terminologie de R. Girard, devient progressivement un rival pour son frère et sa sœur. Or le texte donne une précision très importante sur la personnalité de Moïse:
« Moïse était un homme très humble, plus qu’aucun homme sur terre. » (Nb 12,3)
Moïse est très loin de ce comportement courant des modèles qui cherchent plus ou moins consciemment à conforter leur emprise sur le disciple. C’est cette humilité de Moïse qui selon Yhwh justifie sa position de  modèle. On retrouvera cette idée dans la bouche de Jésus : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur» (Mt 11, 29).
L’humilité du maître est le critère fondamental qui permet de reconnaître une relation « maitre-disciple » adaptée,  elle seule permet d’éviter le glissement vers un rapport dominant-dominé qui soit aliène le disciple, soit enclenche un cycle de rivalité et de violence.
Cette humilité, Yhwh en donne la source profonde :
« Ecoutez donc mes paroles : S’il y a parmi vous un prophète, c’est par une vision que moi,  Yhwh, je me fais connaître à lui, c’est dans un songe que je lui parle.  Il n’en va pas de même pour mon serviteur Moïse, lui qui est mon homme de confiance pour toute ma maison :  je lui parle de vive voix – en me faisant voir – et non en langage caché ; il voit la silhouette de Yhwh. Comment donc osez-vous critiquer mon serviteur Moïse ? » (Nb 12,6)
L’humilité, loin d’être une dépréciation de soi, est le fruit d’une relation intime avec Yhwh, elle accrédite Moïse en tant que serviteur comme elle accréditera plus tard Jésus (He 3,2-5)

Les échecs des tentatives de pénétration en terre de Canaan. (Nb 13-14)

Ces chapitres relatent successivement deux épisodes, deux échecs par rapport à la réalisation de la promesse d’entrer en terre de Canaan, « la terre promise ».
Dans un premier temps, douze représentants du peuple, un par tribu, sont envoyés en reconnaissance pour ramener des informations sur cette terre promise par Yhwh.
« Ils revinrent de leur exploration du pays au bout de quarante jours. Ils vinrent trouver Moïse, Aaron et toute la communauté des fils d’Israël dans le désert de Parân, à Qadesh. Ils leur rendirent compte ainsi qu’à toute la communauté et leur montrèrent les fruits du pays. Ils firent ce récit à Moïse : « Nous sommes allés dans le pays où tu nous as envoyés, et vraiment c’est un pays ruisselant de lait et de miel ; en voici les fruits ! » (Nb 13,25)

Cette mission de reconnaissance confirme donc bien la promesse de Yhwh qui avait qualifié la terre promisse de pays ruisselant de lait et de miel. Cependant il y a un os : ce pays est habité par des populations redoutables.
« Et nous y avons vu ces géants, les fils de Anaq, de la race des géants ; nous nous voyions comme des sauterelles, et c’est bien ainsi qu’eux-mêmes nous voyaient. » (Nb 13,33)
Le peuple prend peur et non seulement il refuse de partir, mais il réclame encore une fois de retourner en Egypte. Josué et Caleb, deux des principaux explorateurs sont furieux :
« Ce pays que nous avons parcouru pour l’explorer, est un très, très beau pays !  Si Yhwh nous favorise, il nous mènera dans ce pays et nous le donnera, ce pays ruisselant de lait et de miel.  Ne vous révoltez donc pas contre Yhwh, ne craignez pas les gens de ce pays, nous n’en ferons qu’une bouchée ! L’ombre de leurs dieux s’est éloignée d’eux alors que Yhwh est avec nous. Ne les craignez pas ! » (Nb 14,7-9)

Hélas leur exhortation tombe à plat et ils échappent de peu à la lapidation. La colère de Yhwh s’enflamme : « Jusqu’à quand ce peuple me méprisera-t-il ? Jusqu’à quand refusera-t-il de croire en moi, en dépit de tous les signes que j’ai opérés au milieu d’eux ? Je vais le frapper de la peste et le priver de son héritage ; et de toi je ferai un peuple plus grand et plus puissant que lui. » (Nb14,11).

Moïse exhorte Yhwh au pardon en lui rappelant ses propres paroles :
« Je suis Yhwh, lent à la colère et plein de bonté fidèle, qui supporte la faute et la révolte, mais sans rien laisser passer, et qui poursuis la faute des pères chez les fils sur trois et quatre générations”,  pardonne donc la faute de ce peuple autant que le commande la grandeur de ton amour et comme tu as supporté ce peuple depuis l’Egypte jusqu’ici. » (Nb 14,18) (Cf Ex 20.5-6 ; 34.6-7 ).

Dans cet épisode le peuple n’a pas dominé sa peur, il n’a pas eu le courage d’affronter ces géants, se considérant eux-mêmes comme des sauterelles. Ce manque de confiance en eux, ce n’est pas de l’humilité, il est considéré là comme un péché car c’est un manque de confiance en la Parole, en la promesse de Yhwh. Le péché apparait comme une carence dans la relation avec Yhwh. Les conséquences en sont sérieuses: l’avancée du peuple vers la terre promisse est bloquée, le peuple régresse et cherche son salut dans un passé enjolivé plutôt que de se porter vers l’avant, de regarder vers l’avenir.
Alors que le péché a pris la forme d’un manque d’audace, d’une pusillanimité, l’épisode suivant (Nb 14, 39-43) illustre une forme de péché apparemment radicalement opposée à la précédente qui amènera aussi le peuple à la catastrophe. En effet, en réaction à sa lâcheté précédente, le peuple décide finalement de passer à l’attaque, tout seul, sans écouter Moïse. La présomption de ses propres forces succède à la couardise précédente. Une humilité mal placée, suivie d’une réaction de fierté tout aussi déplacée, traduisent un même péché : le manque de confiance en Yhwh et ses promesses.
Les  « quarante ans » dans le désert et beaucoup d’autres épreuves devront permettre au peuple d’intégrer progressivement la réalité, à savoir que sa force réside dans sa relation avec Yhwh et non dans une prétention à une illusoire suffisance. Ce lien qui sous-tend, dans ces deux épisodes, force et relation (à Dieu et donc aux autres) est une clef de lecture de toute l’histoire biblique et au-delà de l’histoire de l’humanité.

Prescriptions rituelles et nouvelles contestation s (Nb 15-19)

Le chapitre 15 précise les prescriptions rituelles lors des offrandes végétales, ainsi que des indications précises en cas de « péchés involontaires », en cas de violations du sabbat pour se terminer par l’instauration d’une coutume vestimentaire la fameuse frange qui symbolisera dans le judaïsme l’attachement à la pratique de toutes les règles contenus dans la Torah.
A noter que nous retrouvons dans ce chapitre une prescription déjà spécifiée à plusieurs reprises qui ouvre le peuple de la Torah aux émigrés. C’est le prémice d’un universalisme qui outrepasse la simple appartenance ethnique :
«  En tant qu’assemblée, vous aurez un seul rituel pour vous et pour l’émigré qui réside chez vous ; ce sera un rituel immuable devant Yhwh, pour vous comme pour l’émigré, dans tous les âges. Il y aura une seule loi, une seule règle pour vous et pour l’émigré qui réside chez vous. » (Nb 15,16)

Nouvelle contestation de l’autorité de Moïse et Aaron (Nb 16-17)

Avec les chapitres 16 et 17, c’est un nouveau soulèvement contre Moïse qui est rapporté :
Cette fois-ci l’attaque  contre Moïse et Aaron est plus grave. Un prêtre de la tribu de Levi, du nom de Coré, a fomenté une coalition contre Moïse. Le coup est redoutable pour Moïse, car ces prêtres ont utilisé la souffrance du peuple pour le retourner contre lui et tenter ainsi de s’emparer de tous les pouvoirs. La réponse de Yhwh est terrible, ces prêtres et ces responsables de clan sont engloutis dans un tremblement de terre.

Institutionnalisation des prêtres et des lévites  (Nb 18-19)

Les descendants d’Aaron sont affectés au service du temple. Ce seront les prêtres, ils devront choisir leurs adjoints parmi les membres de leur tribu, la tribu de Levi. Cette tribu entièrement consacrée au culte n’aura pas de territoire propre lors du partage  des terres après la conquête. Les prêtres subsisteront en prélevant les offrandes du peuple faite au temple, quant aux lévites leurs revenus seront assurés par le prélèvement d’un impôt, la dîme.

Consignes et nouveaux doutes avant le départ  (Nb 20-25)

Vouer à l’interdit ? (Nb20)

On retrouve là un récit qui s’apparente à celui d’Exode 17. Cet épisode est rapporté  ici dans un autre contexte, celui du départ vers la terre promise à travers le désert de Cîn. Le peuple râle encore contre Moïse :
« Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Egypte et nous avez-vous amenés en ce triste lieu ? Ce n’est pas un lieu pour les semailles ni pour le figuier, la vigne ou le grenadier ; il n’y a même pas d’eau à boire. » (Nb 20,5)
Face à cette querelle,  Moïse fait jaillir l’eau du rocher auquel on donnera le nom de Mériba(= querelle).
Puis le peuple en partant pour le pays de Canaan doit traverser le royaume d’Edom. Malgré la promesse de ne faire que traverser sans rien toucher, Edom refuse catégoriquement de les laisser passer. Ils partent alors à Hor-la-Montagne à la frontière d’Edom et c’est là qu’Aaron mourut. Il fut remplacé par son fils Eléazar.

Un premier combat dans le Neguev s’engage contre les Cananéens. Israël fait la promesse suivante : « Si tu consens à livrer ce peuple entre mes mains, je vouerai ses villes à  l’interdit »(Nb 21,2)
Que signifie cette expression « vouer à l’interdit » ?
Elle se réfère à une pratique traditionnelle dans les guerres intertribales concernant les butins de guerre. Avant la bataille le chef de l’armée annonçait la part du butin qui lui serait réservé et donc interdite aux combattants. Ici c’est Yhwh qui est le chef de guerre et par cette promesse le peuple s’engage à renoncer à tout butin de guerre. De là est né la notion d’anathème : vouer des personnes ou des objets à l’anathème, c’est en interdire la fréquentation ou l’usage profane  pour préserver  la pureté, la sainteté du peuple. Cette exigence de non fréquentation des dieux locaux, c’est-à-dire dans les faits adhérer concrètement au monothéisme mettra encore des siècles à s’imposer.

Nouveaux doutes –le serpent d’airain- premières victoires. (Nb 21,5-30)

Israël pour contourner le pays d’Edom est obligé de repartir vers le Sud et le découragement s’empare à nouveau du peuple :
« Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Egypte ? Pour que nous mourions dans le désert ! Car il n’y a ici ni pain ni eau et nous sommes dégoûtés de ce pain de misère » (Nb 21,5)
Le peuple est alors affronté à l’attaque de nombreux serpents qui le décime, il l’interprète comme une punition infligée par Yhwh et demande à Moïse d’intercéder pour eux.
« Moïse intercéda pour le peuple,  et Yhwh lui dit : « Fais faire un serpent brûlant et fixe-le à une hampe : quiconque aura été mordu et le regardera aura la vie sauve. » Moïse fit un serpent d’airain et le fixa à une hampe et lorsqu’un serpent mordait un homme, celui-ci regardait le serpent d’airain et il avait la vie sauve »
On retrouve dans la mythologie grecque ce symbole de la fonction de guérisseur du serpent enroulé autour d’un vase ou d’un bâton ; dans l’antiquité le serpent possédait cette double faculté, donner la mort  ou guérir, inoculer un poisson dangereux ou bénéfique pour l’homme.  Sa seule vue autour d’un support maîtrisé est signe d’aide, d’assistance et de guérison.  Il deviendra l’emblème des pharmaciens.
Ce qui vient nous frapper ne devient-il pas ce qui nous guérit à condition de porter notre regard vers le ciel ?
St Jean évoquera ce passage pour symboliser la mort de Jésus sur la croix et son élévation vers le ciel pour donner la Vie :
« comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’homme soit élevé  afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle » (Jn 3,14)

L’histoire du devin  Balaam du pays de Moab (Nb 22-24)

Les trois chapitres suivant illustrent le soutien de Yhwh pendant cette marche fortement problématique vers la terre de Canaan sous la forme d’un conte cocasse et poétique. Le roi de Moab face à l’avancée d’Israël prend peur et envoie des émissaires auprès de son devin Balaam afin qu’il vienne prononcer des malédictions contre Israël. Ce devin étranger reçoit de Yhwh pendant la nuit l’ordre de ne pas se rendre auprès du roi de Moab. Ce dernier insiste par trois fois et Balaam finît par prendre la route, mais son âne a vu un ange qui lui barre la route. S’en suit une explication assez musclée entre Balaam et son ânesse qui aurait pu se terminer très mal pour cette dernière  jusqu’à ce que l’ange « dessille les yeux » de Balaam. Balaam réconcilié avec son ânesse poursuit son chemin mais au lieu de prononcer des malédictions il bénit Israël à quatre reprises avec des accents prophétiques sur le destin d’Israël au grand dam du roi de Moab.
Derrière ce conte, par la fidélité de Yhwh, par son action en faveur de son peuple malgré toutes ses infidélités c’est la portée universelle du destin du peuple béni qui se dessine. Dans ce texte ce sont aussi les premiers jalons de la monarchie qui sont posés (24,7.17.19).

Nouveau recensement et Instructions diverses avant l’entrée en Canaan (Nb 26-36)

Recensement et partage du territoire

Le livre des Nombres se termine par une succession de dix chapitres qui commence par un nouveau recensement du peuple. Les chiffres obtenus sont un peu plus faibles que lors du premier recensement mais ils restent du même ordre. S’en suit des instructions pour le partage du territoire entre les tribus :
«  les parts seront en proportion du nombre de personnes. Pour un clan plus important tu feras une part plus grande, et pour un clan plus restreint tu feras une part plus petite. A chacun, on donnera une part correspondant à son effectif. C’est seulement par tirage au sort que se fera le partage du pays ».(Nb 26,52) .
Le texte spécifie en conclusion du recensement qu’aucun homme du premier recensement n’y figure. En effet nous avons vu qu’après le refus du peuple d’avancer, Yhwh leur avait dit qu’ils mourraient tous dans le désert. Seuls Caleb, un des dix explorateurs et Josué, qui avaient résisté au défaitisme ambiant, subsistent de cette génération. (Nb 26,65).

Droits de succession des femmes (Nb 27, 1-11 ; 36)

Après la conquête de Canaan, chaque famille sera propriétaire d’un terrain ; dès lors des problèmes de succession vont se poser. Dans le cas concret de filles qui ont perdu leur père, Moïse tranche en leur faveur : “Lorsqu’un homme mourra sans laisser de fils, vous transmettrez son héritage à sa fille. »  (Nb27,8)
Cependant cela pose un problème dans le cas où la fille veut épouser un homme d’un autre clan, car alors le clan auquel elle appartient se retrouve affaibli par la perte d’une part du territoire qui lui était affecté. On trouve une solution simple à ce problème au dernier chapitre de ce livre : les femmes ne pourront épouser que des hommes de leur clan !!!
« Elles épousèrent donc des hommes appartenant aux familles des fils de Manassé, fils de Joseph. Et leur part d’héritage resta dans la tribu à laquelle appartenait le clan de leur père. Tels sont les ordres et les règles que Yhwh prescrivit aux fils d’Israël par l’intermédiaire de Moïse, dans la plaine de Moab, au bord du Jourdain, à la hauteur de Jéricho »(Nb 36,12)

Succession de Moïse (Nb 27,12-22)

Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Monte sur cette montagne de la chaîne des Avarim et regarde le pays que je donne aux fils d’Israël. Tu le verras, puis tu seras enlevé, toi aussi, pour rejoindre ta parenté comme l’a été ton frère Aaron » (Nb 27,12)

Pourquoi Yhwh ne laisse-t-il pas Moïse entrer dans la terre promise après toute la peine qu’il s’est donné pendant quarante ans au désert pour y conduire son peuple ? Le texte donne comme explication la « querelle » du peuple aux eaux de Meriba. Cette explication parait un peu courte et on peut penser que Yhwh veut que Moïse termine sa vie avec une vision grandiose de ce à quoi il a abouti et lui épargner les aléas quotidiens de la future conquête   Nous retrouverons dans le livre suivant  ( Deutéronome ch. 34) avec le récit de sa mort, l’apologie de cet homme qui parlait « face à face avec Dieu ». A l’annonce de sa mort prochaine, Moïse demande à ce que son successeur soit désigné. Yhwh  choisit Josué. Alors Moïse transmet ses pouvoirs à son lieutenant en lui imposant les mains.

Nouvelles instructions cultuelles. (Nb 28-30)

Ces deux chapitres détaillent avec la plus grande minutie les recettes spécifiques pour chaque jour de fête, pour le shabbat, pour les néoménies (premier jour de chaque mois), pour la Pâque, pour la fête des tentes (Soukkot), pour le nouvel an (Rosh Ha-Shana au début de l’automne), pour le pardon des péchés (Yom Kippour).

Toutes ces fêtes qui se rapportent pour certaines à la création, à la nature, d’autres à l’histoire du peuple, ont pour fonction de forger l’identité du peuple par le renforcement du sentiment d’appartenance. Nous sommes encore dans un sacré tribal où le social ne se distingue pas du religieux.

Sans aucun lien avec ce qui précède, suivent des règles concernant les vœux. Les hommes sont tenus à respecter leurs vœux ainsi que les femmes veuves ou répudiées. Quant aux jeunes filles et aux femmes mariées, la validité de leurs vœux est conditionnée à l’accord du père ou du mari. Nous sommes dans une société patriarcale. La Parole de Yhwh ne transforme pas  brutalement et radicalement les mœurs de la société, elle s’inscrit dans un cadre culturel donné.

Représailles contre Madian et partage du butin.

L’épisode qui suit décrit la violence des représailles contre Madian, tribu d’un fils d’Abraham et de Qetura, qui s’est installée dans la péninsule du Sinaï et dont est issue Ciporah la femme de Moïse. Cette tribu en effet avait fait alliance avec Moab pour arrêter l’avancée d’Israël (Nb 22,7). La victoire acquise, Moïse procède à un inventaire très détaillé du butin. Après un prélèvement pour les prêtres, les combattants se partagent les prises de guerre, mais tous les objets en or sont affectés au temple. Ce récit, prémice des guerres saintes lors de la conquête de Canaan, nous heurte profondément. Nous verrons plus en détail avec le livre de Josué comment lire aujourd’hui cette violence des guerres saintes.

Récapitulatif de toutes les étapes dans le désert et dernières instructions. (Nb 33-35)

Il s’agit d’une longue liste incroyablement précise de toutes les étapes parcourues par le peuple depuis sa sortie d’Egypte, jusqu’à son arrivée à Moab au bord du Jourdain.

Ici la violence inhérente à la future guerre sainte est justifiée par la nécessité absolue de se démarquer du culte des idoles pratiqué dans ce pays à conquérir.

« Quand vous aurez passé le Jourdain pour entrer dans le pays de Canaan,  vous chasserez devant vous tous les habitants du pays, vous ferez disparaître toutes leurs idoles de pierre, vous ferez disparaître toutes leurs statues de métal fondu et vous supprimerez tous leurs hauts lieux. » (Nb33,51).

A noter que cette conquête n’est pas de type impérial. Par nature tout empire cherche à s’étendre au maximum sans se fixer de limites, ici des frontières très précises sont définies préalablement à cette conquête :

« Voici quel sera le pays qui vous échoira comme patrimoine : le pays de Canaan avec les frontières suivantes. Votre limite sud commencera au désert de Cîn et longera Edom. A l’est, votre frontière sud partira de l’extrémité de la mer du Selc. Puis votre frontière obliquera au sud … » (Nb34,2)

Il faut aussi souligner que les menaces contre le culte des idoles ne concernent qu’Israël. L’appui de Yhwh dans cette conquête, en exigeant une séparation radicale avec les autres peuples, lui confère une lourde responsabilité.

Conclusion

De l’écriture très discontinue de ce livre assez déroutant on peut faire ressortir les points forts :

Moïse en est le personnage central.
Les faiblesses de Moïse (16,15 ; 20,10-12) son découragement (11,11-15) ne sont pas occultés. Mais il est un homme de prière qui veut sauver son peuple malgré ses révoltes (12,13 ; 14,13-19 ; 16,22 ; 17,10-13). Il puise sa force dans son intimité avec Dieu ( 12,6-8) qui lui permet, malgré ses faiblesses et ses découragements, d’assumer une mission impossible.
Apparition de la fonction prophétique à côté du pouvoir sacerdotal.
Ce seront les deux piliers de la révélation. L’un ne pourra pas aller sans l’autre. Nous verrons que cette dualité des fondements de la religion révélée, condition de sa transmission ancrée à la fois dans l’histoire passée et sur l’interprétation des événements présents, ne sera pas sans poser de graves tensions sinon de conflits entre les représentants de ces deux piliers. Tension entre les courants sacerdotaux et prophétiques. Conflits entre le prêtre et le prophète que nous retrouverons dans toute  l’histoire biblique. On retrouve ces tiraillements dans tout type d’institution tiraillée entre la nécessité de maintenir son assise qui tend à être sacralisée et l’exigence d’une remise en cause quand celle-ci, n’est plus adaptée à un nouveau contexte culturel et de ce fait ne répond plus ou mal à sa finalité.
Le caractère très ambivalent de cette période au désert.
C’est lors de cette période que cette population probablement très hybride, faite de regroupement de tribus nomades du désert, soustraite à toute influence étrangère par l’anathème va se constituer concrètement comme le peuple spécifique et saint de YHVH. C’est au désert qu’Israël est né et a forgé son identité. Chez certains prophètes tel que Osée, le désert sera idéalisée, il symbolise le lieu privilégié du « cœur à cœur » entre le peuple et son Dieu.
Par la bouche d’Osée, Yhwh parle à Israël, comme un mari à son épouse infidèle :
« Eh bien, c’est moi qui vais la séduire, je la conduirai au désert et je regagnerai sa confiance. Et de là-bas, je lui rendrai ses vignobles et je ferai de la vallée de Akor une porte d’espérance, et là elle répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle monta du pays d’Egypte. Et il adviendra en ce jour-là– oracle de Yhwh–que tu m’appelleras « mon mari » »  (Os 2, 16-18)
Mais par ailleurs le désert  est aussi le lieu de la mise à l’épreuve, de la tentation et de la chute (lieu où réside les démons).

 Description précise de la vocation d’Israël .
Israël est une communauté en marche, il ne dispose ni de lieu saint, ni de temple fixe. Israël n’est pas un peuple en armes, mais une communauté vouée au culte de Yhwh.
Prêtres et lévites sont les médiateurs sans lesquels la communauté ne pourrait survivre. La présence de Yhwh au milieu du peuple dans la tente de la rencontre est à la fois rassurante et redoutable.

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