skip to Main Content
image_pdfimage_print

 Introduction

  1. Nous nous sommes quittés la dernière fois en posant la problématique du pouvoir en Israël où deux courants, ou plutôt deux logiques difficilement compatibles semblent à l’oeuvre. Le problème vient du souhait du peuple d’avoir une monarchie pour être « comme les autres peuples ».

Pour ces partisans, la royauté apparaît comme le rempart contre l’anarchie, d’où ce refrain face à cette menace :

En ce temps là il n’y avait pas encore de roi en Israël

 Mais ce souhait se heurte à une opposition de principe contre la royauté, illustrée par le refus du Juge Gédéon d’adhérer à la demande du peuple qui veut le faire roi.

Je ne dominerai pas sur vous, moi
et mon fils ne dominera pas sur vous,
mais c’est YHWH qui doit dominer sur vous (Jg 8,23)

 D’un coté, une position idéaliste, « notre seul vrai roi c’est YHWH », correspondant à une organisation politique minimaliste, traditionnelle dans une culture semi-nomade de type tribale.

De l’autre une position plus réaliste, qui appelle de ses voeux une organisation plus centralisée. Position qui répond mieux sans doute historiquement au défi de la sédentarisation et à la nécessité de défendre son territoire face à un autre peuple, les Philistins, qui domine sur la plaine et qui maîtrise  mieux qu’eux les techniques du fer et la construction des armes (Le mot Philistin en hébreu a donné Palestine. On voit que la guerre entre Israël et la Palestine ne date pas d’aujourd’hui).

Le premier Livre de Samuel nous raconte le basculement d’une gouvernance charismatique, temporaire, conjoncturelle (l’Esprit de Yhwh qui s’empare d’un Juge pour sauver le peuple) vers une gouvernance plus capable d’assurer l’unité du peuple et de son territoire: la royauté.
Ce basculement politique n’est pas sans danger et Yhwh ne semble s’y résoudre qu’à contre-coeur et non sans avoir mis vigoureusement en garde le peuple contre les risques d’une exploitation du peuple par celui qu’il aura investi comme roi. Il ne les a pas fait sortir d’Egypte et de leur condition d’esclave pour qu’ils retombent dans une nouvelle servitude. (1S, 8).

Ce livre contient pas mal de doublons et il est difficile d’établir une chronologie stricte, car certains détails se contredisent, mais encore une fois tel n’est pas le souci de ce(s) auteur(s).

SAMUEL

Le personnage de Samuel va être la cheville ouvrière de ce basculement, d’où le nom de ce Livre.

Les trois premiers chapitres de ce Livre décrivent dans un récit très touchant les conditions de sa naissance et de sa vocation, où l’on retrouve des thèmes déjà rencontrés dans la Genèse: un homme qui avait deux femmes Anne et Pennina.
Il est amoureux de la première mais elle est stérile. Anne souffre terriblement de sa stérilité; elle va au temple pour supplier Yhwh de lui donner un enfant sans craindre de passer pour une folle aux yeux du grand prêtre ; si elle obtient cette faveur, elle fait le voeu de lui consacrer cet enfant . Elle donne naissance à un petit Samuel « demandé à Dieu » et entonne un chant d’action de grâce (1S 2,1-11). Ce chant aux accents prophétiques, politiques pour ne pas dire révolutionnaires dépassent très largement le cadre de l’émotion familiale. Il signifie la portée politique pour l’avenir d’Israël de cet événement,  mais  surtout il nous engage tous dans une révolution spirituelle en ce qu’il célèbre YHWH qui retourne, inverse les rapports de force; Anne chante la future victoire du faible sur le fort, du petit sur le grand, des affamés sur les repus, du pauvre sur le riche, de la femme rejetée pour sa stérilité sur la femme féconde. C’est ce chant dont Marie s’inspirera pour célébrer la future naissance de son fils Jésus avec son fameux « Magnificat ».

La destinée exceptionnelle de ce personnage de Samuel est encore soulignée par ce très beau récit de sa vocation (1S ch.3).  Cet appel de YHWH est une mission difficile: dénoncer les errements des enfants du prêtre Eli qui l’a accueilli. Mais il y a dans cet appel plus qu’une mission, YHWH l’appelle par son nom et Samuel répond « Me voici ». Ce « Me voici » que nous avons déjà rencontré en particulier avec Abraham et Moïse et que nous rencontrerons avec les prophètes qui exprime bien cette décentration du « moi » sous l’effet de la Parole. Parole dont ce récit exprime bien à la fois la transcendance (il se lève trois fois pour chercher à l’extérieur qui l’appelle) et l’immanence (ne te lève plus, mais écoute au fond de toi). Ce lien entre transcendance et immanence me paraît une spécificité biblique que nous aurons l’occasion de rencontrer souvent . Son importance philosophique et théologique mériterait une réflexion approfondie.
Cette relation personnelle de Samuel avec Yhwh donne à ce personnage une dimension intérieure, un poids moral que nous n’avions pas trouvé chez les précédents Juges.
En attendant, c’est encore Eli et ses fils dévoyés qui ont l’autorité sur le peuple.

L’Arche perdue et retrouvée (Ch. 4-7)

Les faits :

1- Dans une première bataille contre les Philistins, Israël est battu. Face à cet échec, Israël en appelle à l’Arche de Yhwh qu’il fait venir de Silo, persuadé que par sa seule présence leur victoire sera assurée. Effectivement dès son arrivée, le peuple reprend courage, pousse une grande clameur qui terrifie les Philistins. Le combat s’engage. Mais non seulement Israël est encore battu, mais l’arche est emportée par les philistins. Les fils d’Eli meurent au combat et Eli lui-même à l’annonce de la défaite, fait une crise (cardiaque ?) et meure.
2-Les Philistins placent l’arche de Yhwh à coté de leur dieu Dagon et là … surprise … chaque matin  Dagon se retrouve à terre et finalement il a même la tête et les mains coupées. La population qui se trouve près de l’arche, est frappée de tumeurs (d’hémorroïdes ? Peste ?). Alors les philistins se passent l’arche, comme une « patate chaude »,  de villages en villages. A chaque fois le peuple est atteint de cette fameuse tumeur.
3- Après 7 mois de malheurs, les Philistins vont voir leur devins pour savoir comment se débarrasser de cette arche. Ceux-ci leur disent de rendre hommage au dieu d’Israël en fabriquant des tumeurs et des rats en or et en mettant le tout, l’arche et l’or, sur un chariot tiré par des boeufs et « … vous verrez bien où iront les boeufs ».
4-Les boeufs tirent l’attelage, suivis par des philistins qui veulent voir où vont aller les boeufs. L’attelage arrive directement à Beth-shèmesh en Israël. Israël se partage l’or contenu dans le chariot,  mais les Israëliens qui ont touché l’arche sont frappés à leur tour. On laisse donc l’arche à distance, dans une maison sur une colline avec un prêtre pour garder l’arche.

Comment interpréter cet épisode ?

Il est clair qu’il s’agit là d’un conte tiré de l’imagination du peuple, peut-être à partir d’un noyau de  faits historiques. Mais ce conte nous apprend beaucoup sur l’évolution de la notion du sacré. Nous avions déjà vu dans le livre de l’exode que cette notion de l’arche représentait une évolution majeure de la notion de sacré. L’écrivain Regis Debray dans son livre « Dieu, un itinéraire » montre qu’avec l’arche de Yhwh on est passé d’une conception du sacré immobile, attaché à un lieu (le plus souvent le sommet d’une montagne ou d’une colline remarquable) ou à un bâtiment (temple), à une conception du sacré mobile. Cette mobilité du sacré va se traduire, dans l’évolution de la civilisation, par l’émergence de l’écriture. C’est l’écrit qui en libérant le sacré de ses attaches  géographiques et immobilières va lui ouvrir le champ du symbolique et donc de la Loi.

Dans cet épisode, l’arche de Yhwh incarne pour Israël ce sacré. Il s’agit bien d’un objet, d’un meuble, donc mobile, auquel le peuple prête un pouvoir magique :

Allons chercher à Silo l’arche de Yhwh
qu’elle vienne au milieu de nous et qu’elle nous sauve de la main de nos ennemis (1S 4,4)

Mais ça ne marche pas, la magie n’opère pas et Israël est battu. Nous voyons là dans cette première partie de ce récit s’opérer une distanciation entre le sacré et le magique. La leçon est claire : ce n’est pas la matérialité de la présence de l’arche qui peut sauver Israël, mais plutôt le respect de la valeur dont l’arche est le symbole: la relation du peuple avec Yhwh fondée sur l’écoute de la Parole et l’application de la Loi.
Ceci étant, dans la deuxième phase, le récit garde son caractère de « merveilleux » et l’arche semble bien avoir un pouvoir magique, miraculeux : le dieu Dagon que l’on met à coté de l’arche se retrouve à terre tous les matins et surtout les habitants proches de l’arche attrapent des tumeurs tant et si bien que l’arche est finalement renvoyée en Israël. On retrouve là les traits d’un genre littéraire de type conte où les événements se déploient dans un monde « enchanté ». Mais comme le veut d’ailleurs ce genre littéraire, ce récit contient un sens symbolique précis :
1-Le dieu Dagon, n’est qu’un objet fabriqué de mains d’hommes, sans aucun pouvoir. Jeté à terre il se fracasse.
2- Le retour de l’arche vers Israël, seule, sans bouvier, signifie que Yhwh est fidèle à son peuple et à sa promesse de ne jamais l’abandonner, alors même que ce peuple se tourne vers les faux dieux, les Baals et les Astartées. Yhwh reviendra toujours vers son peuple.

On peut aussi donner de ce conte une interprétation de type allégorique, à l’instar de toute une tradition herméneutique qui remonte très loin (au premier siècle avant J.C., le philosophe Philon d’Alexandrie écrivit son Commentaire allégorique de la Bible). Nous avons déjà utilisé ce type d’interprétation quand, l’année dernière, nous avions recherché, lors de notre lecture du livre de l’Exode, le sens des dix plaies d’Egypte, auxquelles d’ailleurs les tumeurs et les rats de ce récit s’apparentent.
Dans ce type d’interprétation, les philistins représentent nos démons intérieurs qui nous éloignent de la Parole, de l’enseignement de Yhwh ( à ce propos, il est curieux de constater que le mot français philistin est devenu un adjectif qualifiant une personne parvenue, un nouveau riche, qui n’a guère de culture ni d’éducation). Les tumeurs et  les rats sont les maux, les souffrances que nous endurons sur cette terre d’exil loin de Dieu. Mais dans la perspective d’un retournement, d’une conversion à la Parole, le poids de ces mêmes maux  vont se transformer en or pur. On peut voir là dans ce récit l’amorce, encore bien cachée il est vrai, d’une sotériologie (partie de la théologie qui traite de l’économie du salut des hommes). Le salut ne se traduira pas en nous par une simple disparition de nos malheurs. Nos malheurs, il ne faut ni s’y résigner, ni les rejeter mais les transfigurer.
Ceux qui ont connu la déchéance, ceux qui ont touchés le fond du gouffre témoignent parfois de cette transfiguration de leurs épreuves en une très grande richesse.
Nous verrons combien cette « économie du salut » spécifiquement judéo-chrétienne  aura le plus grand mal à s’imposer non seulement dans le judaïsme mais aussi dans la chrétienté jusqu’à nos jours. La méritocratie moralisante qui fait du rejet du mal (qui risque à tout moment de glisser subrepticement au rejet du malheureux) et l’accomplissement le plus parfait possible de nos devoirs, de l’application de la Loi, sont apparues – surtout à partir du XVIIIème où la logique rationnelle viendra transformer progressivement les représentations du salut jusque là dominées par la présence des esprits et des démons, par la peur de l’enfer – comme les conditions nécessaires et suffisantes à l’obtention du salut.
L’Eglise elle-même, ou plutôt certains sermons dans les églises, alimenteront cette tendance d’idéalisation de la perfection morale qui a l’avantage de mettre de l’ordre dans la société, de plaire aux pouvoirs en place (les lois humaines découlant de la loi divine) et d’être simple et parfaitement compréhensible par tous : tu fais le bien et tu seras récompensé, tu fais le mal et tu seras puni. La Bible pourtant à y regarder de près dévoile une autre logique du salut, plus déroutante comme nous l’entrevoyons dans cet épisode. Nous aurons certainement à approfondir cette question avec en particulier les Livres de Job, de Qohélet et bien sûr plus tard avec Jésus qui sera beaucoup plus clair sur cette question centrale en  maniant magistralement le paradoxe (discours des béatitudes, parabole de l’enfant prodigue, l’ouvrier de la 11ième heure, le pharisien et le publicain, et « je ne suis pas venu pour les bien portant, mais pour les malades », etc…). Mais pour le moment revenons au livre de Samuel.

SAÜL

Suite à cette histoire (1S,4-7), à ces combats désastreux avec les Philistins et à la perte de l’Arche d’alliance le peuple d’Israël en appelle à Samuel pour intercéder auprès de Yhwh en leur faveur. Samuel leur demande de se détourner des faux dieux, les Baal et Astartés des Cananéens et d’écouter la parole de Yhwh. Le peuple écoute Samuel et pendant qu’il faisait un sacrifice à Yhwh, les philistins attaquent, mais cette fois-ci Israël sort vainqueur.

Mais cette autorité de Samuel n’est pas transmissible, et ses enfants (Yaël et Aviya, 8.1) vont  détourner l’autorité de leur père à leur profit en « acceptant des cadeaux » (on voit encore là combien les grands personnages bibliques ne sont jamais idéalisés). Alors le peuple demande à Samuel de leur donner un roi.
Ce dernier leur fait alors une description très négative de la royauté: le roi au lieu de se mettre au service du peuple va détourner ce pouvoir pour son propre profit (comme ses fils !) (ch. 8). Le peuple ne veut rien entendre :

Mais le peuple refusa d’écouter la voix de Samuel.
« Non c’est un roi que nous aurons et nous serons nous aussi comme toutes les nations. » (1S 8,19)

Face à cette intransigeance du peuple, Yhwh cède. Nous pouvons déceler dans cet épisode l’extraordinaire finesse de la pédagogie divine. En partant sur ces bases de roi et de royaume imposées d’une certaine façon par le peuple, Yhwh va très progressivement retourner de fond en comble ces notions jusqu’à ce Jésus couronné comme« roi des Juifs », avec une couronne d’épine. Pour le moment c’est Saül que Samuel désigne comme futur Roi après un épisode assez abracadabran avec des ânesses qui se perdent,  (ch.9). Saül a le profil qu’attend le peuple, grand, beau et fort. Samuel lui verse une fiole d’huile sur la tête (ch.10,1). Ce geste d’onction, sans doute repris des rites locaux, aura une grande importance dans la liturgie juive et chrétienne. A noter que le mot « messie » (= l’oint) vient de là.
Dans un premier temps, grâce à Yhwh, les victoires sur les Philistins succèdent aux victoires, malgré leur grande infériorité numérique et technique (ils ne maîtrisent pas la fabrication des armes en fer comme les philistins).Saül grâce à ces victoires est confirmé dans sa royauté (ch.11) et une grande fête d’investiture royale est organisée à Guilgal.
Samuel alors se retire devant Saül, non sans avoir répété ses mises en garde contre les dérives possibles de la royauté. Il faut que le peuple et son roi restent sur les chemins de Yhwh, qu’ils en gardent la mémoire et la crainte (ch.12). Le pouvoir royal ne doit pas être un pouvoir absolu, c’est Yhwh qui est le vrai roi, le roi comme tout un chacun doit écouter les paroles de Yhwh.
Dans le chapitre 13, Saül commet une première incartade vis à vis de Yhwh, il se prend pour un prêtre et offre lui-même un sacrifice pour assurer une victoire contre les Philistins. Ce faisant il instrumentalise les pratiques rituelles, retombe dans le magique. La victoire ne sera obtenue que grâce à son fils Jonathan qui va s’illustrer par un action guerrière d’une grande audace, preuve d’une grande confiance en Ywh.

Qu’on soit nombreux ou non
rien n’empèche,Yhwh de donner la victoire (1S, 14,15)

Par la suite, il semblerait que chez Saül, la fidélité à Yhwh s’émousse ou devient très formelle. Il se cantonne à offrir des sacrifices à Yhwh en gardant les meilleurs morceaux et les butins de guerre pour les siens. Samuel dénonce sa cupidité et lui signifie sa destitution :

Yhwh aime-t-il les holocaustes et les sacrifices, autant que l’obéissance à la parole?
Non! L’obéissance est préférable au sacrifice, la docilité à la graisse des béliers
Mais la révolte vaut le péché de divination et l’opiniâtreté, la sorcellerie.
Puisque tu as rejeté la Parole de Yhwh, il t’a rejeté, tu n’es plus roi (1S 15,22-23)

Par ce passage, c’est la première fois que nous rencontrons de façon aussi nette la condamnation relative des pratiques cultuelles des sacrifices.
Dans la suite de la Bible en particulier chez les prophètes, il y en aura beaucoup d’autres car ces pratiques enracinées profondément dans l’histoire religieuse de l’humanité comme nous l’avons vu, ne vont pas disparaître comme cela. D’ailleurs le texte n’en demande pas la suppression mais la symbolisation, c’est à dire que ces pratiques doivent être le signe d’une écoute de la Parole.
Le signifiant (le sacrifice) privé de son signifié (l’écoute de la Parole) n’est plus que divination, superstition ou sorcellerie.
Mais d’un autre coté le signifié privé de signifiant n’est plus porté, n’est plus transmis. C’est un peu ce qui nous arrive dans notre civilisation. Ayant dénoncé à juste titre (comme commence à le faire  d’une certaine façon le texte plus haut), le coté magique des pratiques rituelles, nous avons « désenchanté » le monde comme le disent nos philosophes modernes. Ce besoin de rites à travers lesquelles on peut exprimer une appartenance commune qui « sublime » nos existences individuelles restent malgré tout actif. Ayant quitté le champ du religieux, ce besoin va trouver un exutoire à notre époque à travers par exemple, les grandes manifestations sportives, sociales ou culturelles qui vont récupérer des caractéristiques du sacré. On retrouve dans ces manifestations une  ferveur collective qui s’accompagne d’une gestuelle ritualisée, d’une forme de liturgie, qui peut par moment tourner à  l’idolâtrie. Mais ces tentatives, face au désenchantement du monde, ont du mal à combler au niveau social, l’appauvrissement des supports, des signifiants qui permettaient autrefois aux membres d’une collectivité de se rassembler pour partager ensemble, lors des moments forts de nos vies (naissance , mariage, morts,…), des paroles qui expriment un enracinement commun dans une histoire et nourrissent des valeurs communes.  Cette carence du sentiment d’appartenance, explique la tentation, en particulier chez les jeunes, d’un retour vers de nombreux fondamentalismes religieux, vers un sacré archaïque aux formes naturellement violentes, comme l’a bien démontré René Girard.  Nous sommes donc coincés entre deux types de violence :

–        la violence du sacré qui se manifeste à travers tous les fondamentalismes religieux.

–        la violence diffuse, éclatée, sans cause ni motivation précise, d’une société sans rites et sans repères.

Bon, avec le livre de Samuel, on n’en est pas encore à notre monde désenchanté et « le merveilleux » est encore présent, mais il y a cependant bien là, l’amorce d’une remise en cause des formes traditionnelles du sacré, une petite lumière pointée sur la violence des rites sacrificiels .

DAVID, Onction et ascension

Dans les chapitres suivants de ce premier livre de Samuel, on va voir la montée en puissance d’un personnage qui aura une grande importance dans la bible, DAVID. Yhwh s’est détourné de Saül et charge Samuel de nommer en secret un successeur. Il doit partir chez Jessé (petit fils de Ruth et Booz) et Yhwh lui indiquera parmi tous ses fils, celui à qui il donnera l’onction. A l’occasion de ce choix les critères de Yhwh paraissent déroutants, le dernier plutôt que le premier, le petit plutôt que le grand, le faible plutôt que le fort. En effet Samuel voit l’aîné , Eliav, le trouve parfait pour la mission, mais Yhwh lui répond :

Ne considère pas son apparence, ni sa haute taille.
Il ne s’agit pas ici de ce que voient les hommes
Les hommes voient ce qui leur saute aux yeux,
mais Yhwh voit le coeur. (1S 16,6)

Il faut rappeler que le coeur dans la bible ne se réduit pas au siège de l’affect. Le coeur englobe ce que nous, nous localisons au cerveau, l’intelligence et la volonté. Après cette onction tenue secrète, nous allons assister à l’ascension de David auprès du roi Saül. Il y a 2 versions différentes de cette ascension.

La première nous montre le Roi Saül tourmenté par des crises psychiques et ses conseillers lui suggère de prendre à son service un jeune musicien qui le calmera. C’est comme cela que David rentre au service du roi, le soulage par sa musique. Saül ne peut plus se passer de David (1S 16,14-23).

Dans la deuxième version (Ch.17), ce n’est plus par ses talents de musiciens qu’il se fait connaître à Saül, mais par son courage et son incroyable audace au combat. C’est le fameux épisode du combat singulier entre David et Goliath dans lequel l’auteur veut surtout nous faire comprendre que David va devenir le sauveur d’Israël, malgré sa faiblesse physique face au géant Goliath, par sa confiance totale en Yhwh. Face à face avec Goliath qui l’invective avec le plus grand mépris, il fait front  :

Toi, tu viens à moi armé d’une épée, d’un lance et d’un javelot ;
moi je viens à toi armé du nom de Yhwh (1S 17,45)

C’est cette confiance en Yhwh qui lui permet de rester lui-même, de ne pas chercher à imiter plus fort que lui. Il se libère des carcans qu’on cherche à lui imposer pour ce combat, une énorme épée et une cuirasse inadaptée à son physique. Il veut se battre avec ses propres atouts, vitesse et précision (1S 17,38-40). Sa victoire lui vaut d’être rattaché au service du roi Saül et de son fils Jonathan, avec lequel il nouera un profond amour.
Cette victoire de David sera suivie de biens d’autres, tant et si bien que cela finit par agacer Saül, d’autant que David plaît beaucoup aux femmes qui chantent ses louanges ; Saül dont on a déjà vu qu’il était fragile psychiquement, sombre alors dans une jalousie paranoïaque et cherche désormais à faire tuer David.
Toute la fin de ce livre relate cette lutte entre désormais les deux rivaux. David passe à plusieurs reprises tout près de la mort et doit même un moment se réfugier chez l’ennemi Philistins. Mais il a le soutien en sous-main de Jonathan et à, chaque fois il réussit à s’en sortir. Petit à petit David prend le dessus et à deux reprises il a l’occasion de tuer Saül, mais il n’a pas l’esprit de vengeance et respecte l’onction royale. Il cherche la paix et la réconciliation. Saül dans un premier temps est ému de cette grandeur d’âme, demande pardon et veut faire la paix, mais très vite sa paranoïa reprend le dessus et il va à nouveau chercher à le tuer.

Le Livre s’achève par la mort de Saül et Jonathan lors d’un combat contre les philistins.

Back To Top