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Introduction

Avec la lecture de ce livre nous quittons la Torah (ou Pentateuque pour les chrétiens), que nous venons de parcourir, pour aborder le premier des livres des Prophètes dans la classification hébraïque, classification qui a été reprise par la TOB ( Traduction Oecuménique de la Bible).

Dans la classification chrétienne de la Bible de Jérusalem, les Livres des prophètes étant redécoupés en Livres historiques et Livres prophétiques, le livre de Josué est le premier des «Livres historiques».

Contenu

Dans ce livre on peut distinguer trois parties :

– la conquête du pays (Ch 1-12)

– la répartition du territoire (13-19)

– le renvoi de chaque tribu dans son territoire.

Dans l’histoire du peuple hébreu (histoire au sens biblique et non pas au sens scientifique moderne), après cette génération du désert dominée par le personnage de Moïse, ce livre couvre le début de l’implantation dans le territoire de Canaan, la «terre promise». On se souvient que ce territoire où les patriarches Abraham, Isaac et Jacob ont séjourné autrefois, fut l’objet de la promesse de Yhwh promesse renouvellée à chaque génération, après chaque défaillance, chaque infidélité du peuple vis à vis de YHWH.

Ce livre est dominé par un personnage qui a donné son nom à ce livre, «Josué» Nous avons déjà rencontré ce personnage dans l’Exode où il apparaît comme un auxiliaire de Moïse (Ex 24,13), un lieutenant militaire (Ex 17, 8-10). Le livre des Nombres nous apprend que ce nom de « Josué » fut donné par Moïse à un certain Hoshéa, fils de Noun (Nb 13, 16). Ce nom qui deviendra plus tard « Jésus », signifie « YHWH sauve ». Ce changement de nom marque donc la destinée de ce personnage.

Historicité du Livre de Josué.

L’image véhiculée par ce livre, d’une conquête éclair du pays de Canaan, ne résiste pas à la critique historique moderne. Déjà dans la Bible elle-même (Livre des Juges, …), on verra que la conquête fut loin d’être totale, comme le suggère ce livre de Josué, dans le partage du territoire. Plus probablement il y eut de fait cohabitation, les Cananéens laissant sans doute pacifiquement aux hébreux des terrains montagneux très peu habités se gardant les plaines plus fertiles. Les études archéologiques d’aujourd’hui, qui tentent de retrouver la genèse au sens historique moderne du peuple d’Israël, évoquent une imbrication, une cohabitation de peuplades, plutôt qu’une invasion ou une conquête venue de l’extérieur.

Les faits rapportés dans ce livre à l’instar de tous les autres rares écrits, hors biblique, de cette époque, sont relatés sous un mode épique.

Alors que ces événements datent du 12è siècle av.J.C., on situe la rédaction des documents épars qui ont été compilés pour donner ce livre, autour du 8é siècle av. J.c. Ce décalage de plusieurs siècles incite à la plus grande prudence quant à l’historicité de ces événements.

Questions face à la violence des « guerres de YHWH ».

Nous avons déjà rencontré cette violence de YHWH qui s’est transformé en chef de guerre terrible (Ex; Dt). Nous avons déjà donné des justifications partielles de ces récits de guerre qui peuvent atténuer ce sentiment de rebut: genre littéraire épique; violence pour défendre le pauvre, l’esclave; violence pour rendre justice.

Il n’en reste pas moins que ce récit et nous en verrons bien d’autres de ce type dans le Livre des Juges tout particulièrement, donne une image de Dieu difficilement supportable et apparemment en parfaite contradiction avec le Dieu d’amour qui se révélera de plus en plus clairement le long de l’histoire biblique. Et d’une certaine façon cette violence divine, guerrière que l’on retrouve avec le djihad dans l’islam donne de l’eau au moulin de ceux qui considèrent que la violence est liée aux religions monothéistes et qu’il suffirait d’éradiquer tout sentiment religieux pour faire disparaître la violence. C’est évidemment assez simpliste et, même si effectivement bien des mouvements violents s’affichent comme religieux pour puiser une légitimité « divine » à leur propre violence intérieure, l’on voit bien que dans nos sociétés modernes où l’appartenance religieuse n’est plus le fait que d’une petite minorité de citoyens, la violence est loin de suivre une courbe de décroissance (c’est une litote) parallèle à la décroissance de la pratique religieuse.

Mais quand même comment lire sans être choqué:

YHWH avait décidé d’endurcir leur coeur à engager la guerre avec Israël, afin de les vouer à l’anathème en sorte qu’il ne leur soit pas fait grâce et qu’on puisse les exterminer comme l’avait prescrit YHWH à Moïse. (Jos 11,20)

 Que faire de ces textes bibliques à priori assez scandaleux ?

On peut comprendre la position d’un certain Marcion qui, au 2iéme siècle du christianisme, a voulu séparer radicalement la foi chrétienne de ces sources juives, en rejetant ces textes qui paraissent par trop en contradiction avec la révélation évangélique.

Tel ne fut pas l’avis des pères de l’Eglise de cette époque : les positions de Marcion furent condamnées comme hérétiques et l’enracinement de l’Evangile et de l’Eglise dans le judaïsme et ses écrits furent alors énergiquement affirmés (144 ap.j.c.).

La question donc reste entière : comment lire ces textes?

Il n’y a sans doute pas de réponse définitive et radicale à cette question car la violence, et sur ce point les psychanalystes peuvent rejoindre les exégètes, touche la part la plus profonde et la plus intime de notre être et donc de la relation avec le divin. Toute réponse à cette question est par là même, forcément existentielle et personnelle.

On peut tout de même ouvrir des pistes pour nous aider à mieux intégrer ces textes difficiles pour notre sensibilité, un peu trop habitée sans doute par une image doucereuse du « bon Dieu » de notre catéchisme d’antan. Le premier bénéfice de cette lecture est peut-être déjà de bousculer, de remettre en cause cet imaginaire sur Dieu, alors que dans la Loi il est bien prescrit de ne pas avoir d’imaginaire sur Dieu (mot que l’on peut comprendre au sens lacanien de « représentation »), mais d’écouter sa Parole (dimension surmoïque ou symbolique toujours au sens lacanien du terme).

Il faut insister : la Bible n’est pas un traité dogmatique sur la nature de Dieu.

Les livres dits « historiques » de la bible ne sont pas non plus des livres philosophico-spirituels sur la vertu et la sagesse (Il faudra attendre encore plusieurs siècles pour voir apparaître ce type d’ouvrage dans la Bible).

Elle est d’abord une histoire inscrite dans le temps, histoire qui nous parle d’un peuple avec lequel YHWH a conclu une alliance pour le libérer et l’introduire dans une terre promise où « coule le lait et le miel ».

Cette histoire souvent tragique d’un peuple donné, à une époque donnée, a une valeur universelle; elle symbolise l’histoire de l’humanité toute entière. Histoire qui se déroule devant nos yeux et dont nous sommes tous les acteurs.

Ces dimensions de la bible justifient une lecture selon quatre prismes différents :

  1. Une lecture au premier degré des faits « historiques » au sens biblique du terme sur la naissance du peuple d’Israël. Quels sont les points communs avec les autre peuples qui l’entourent? et quelles sont ses spécificités qui vont engager une dynamique tout à fait unique dans l’histoire des civilisations?
  2. Une lecture «théologique» de ces faits historiques au sens biblique.
  3. Une lecture anthropologique ou psychologique. L’apport récent des sciences humaines et de la psychanalyse en particulier sont d’un renfort considérable pour cette lecture.
  4. Une lecture dite «symboliques» qui dégage la dimension universelle de cette histoire. Le mot symbolique ne doit surtout pas être opposé au mot réel. Au contraire c’est cette dimension qui nous permet d’appréhender un peu mieux le réel. Réel qui de partout échappe à nos moyens d’investigation si l’on refuse cette dimension symbolique et que l’on se cantonne uniquement à une logique strictement scientifique.

Lecture historique et évolutioniste des « guerres de YHWH ».

Une première piste que l’on peut ouvrir pour lire ces textes est celle d’une lecture « évolutionniste ».

Piste que nous avons déjà utilisée dans les journées précédentes pour les thèmes du sacrifice et de la crainte de YHWH.

Cette lecture nécessite un gros effort pour nous tant nous sommes loin culturellement de ces civilisations. Il faut essayer de se mettre dans le contexte de ces civilisations tribales d’il y a trois millénaires.

A cette époque (on est encore très loin, au 12è siècle av. J.C., du monothéisme), chaque peuple avait son dieu attaché à un lieu donné. Les guerres entre les peuples, guerres inéluctables pour tout simplement subsister ou se développer étaient intrinsèquement sacrées ou plutôt sacrales en ce sens que le dieu de chacun des protagonistes était impliqué. On ne peut qualifier les guerres de Yhwh de guerre de religions au sens moderne du terme en ce sens qu’il ne s’agissait pas d’imposer sa religion ou son dieu aux autres (chacun avait légitimement le sien), mais plutôt de prendre le dessus sur ses rivaux grâce à l’aide de son propre dieu.

L’implication de YHWH, dans la guerre et ses massacres, qui nous scandalise aujourd’hui profondément, non seulement ne choquait pas les esprits de l’époque, mais l’absence de soutien de YHWH dans leurs guerres était inimaginable, car une fonction essentielle du dieu associé à un peuple était justement de le défendre. La religion, le culte aux dieux tenait une place déterminante dans toute action politique et militaire. Il n’y avait pas de frontières étanches entre ces différents plans. L’image de Dieu comme guerrier était parfaitement habituel au proche orient de cette époque, à l’instar du dieu assyrien luttant au coté du roi son « lieu-tenant ». La religion juive naissant à cette époque ne pouvait qu’être influencée par cette représentation.

Donc là aussi, comme nous l’avons vu pour les notions de sacrifice et de crainte de YHWH, ce thème des guerres de YHWH s’enracine dans le terreau commun de l’histoire de l’humanité et c’est à partir de ces racines et non pas en étant déconnectée d’elles que la pédagogie biblique va pouvoir se développer et orienter l’évolution sociale et spirituelle du peuple juif d’abord, puis ensuite de toute l’humanité.

Lecture Théologique des « guerres de YHWH ».

La transcription des faits militaires relatés sous un mode épique ont pour dessein de traduire le sens théologique de cette conquête plutôt qu’une réalité historique et politique. Des luttes probablement limitées et ponctuelles entre peuplades qui globalement cohabitaient de façon pacifique ont été transcrites sous un mode épique pour transmettre une vérité, qui elle, est indéniablement historique au sens moderne du terme : la genèse, l’essence, l’unité, l’unicité du peuple d’Israël tient dans sa relation à YHWH, sa foi dans son élection. C’est cette vérité qui donne le sens profond de ce livre.

Personne ne pourra tenir devant toi, tous les jours de ta vie : Comme j’étais avec Moïse, je serai avec toi, je ne te délaisserai pas, je ne t’abandonnerai pas. Sois fort et courageux… Oui, sois fort et courageux, veille à agir selon la Loi que t’a prescrite Moïse… Ce livre ne s’éloignera pas de ta bouche… tu le murmureras jour et nuit…(Jos, 1,5-9)

 C’est cette alliance entre YHWH et son peuple par l’intermédiaire de la Loi, qu’il faut protéger à tout prix face aux risques de dissolution par le contact avec d’autres peuples. C’est dans cette perspective qu’il faut lire les passages extrêmement durs qui choquent nos sensibilités modernes sur la nécessité de vouer à l’interdit (ou anathème) les autres nations. Cette violence est d’ailleurs probablement plus théorique que réelle et s’explique par l’expérience faite par les rédacteurs du livre du danger mortel qu’a constitué pour Israël, dans les siècles qui ont suivi, l’abandon de la Loi et la chute dans l’idôlatrie.

Face à ces dangers la réaction est double: militaire et liturgique. C’est dans cette dualité d’action que l’on peut lire entre autre, l’épisode fameux de la conquête de Jéricho avec ses trompettes (Jos.6) . A noter que dans ce passage c’est la prééminence de l’action liturgique qui est soulignée par rapport à l’action militaire proprement dite. On peut aussi rattacher à l’action liturgique la traversée du Jourdain (Jos 3 et 4) qui est un rappel de la traversée de la mer rouge avec la célébration de la Pâque (Jos 5,10).

La place importante que tient la prostituée Rahab (qui figure dans la généalogie de Jésus Mt 1,5) illustre bien à posteriori que les critères d’appartenance au peuple sont moins ethniques que religieux.
Chez cette prostituée cananéenne, c’est la crainte de YHWH qui va la rattacher à ce peuple (Jos 2 et 6,22).

A contrario (Jos 7) l’absence de la crainte de YHWH chez un seul membre du peuple, Akan, qui a profité de la guerre pour s’enrichir personnellement, fait courir un grave danger à tout le peuple et explique l’échec militaire devant la ville de Aï et seule la purification du peuple par la lapidation d’Akan permettra de repartir au combat et cette fois de remporter la victoire (Jos 8).

Lecture anthropologique ou psychologique des « guerres de YHWH ».

Se limiter à cette lecture historique ou théologique n’est pas suffisant. Cela pourrait être même dangereux dans la mesure où elle pourrait être exploitée par des courants fondamentalistes qui prônent l’intolérance et l’anathème vis à vis des non pratiquants et réveiller ainsi les démons de la guerre sainte.

Il faut la compléter par une lecture plus anthropologique.

Nous avons vu dans le livre de la Genèse lors,de l’épisode du déluge que YHWH, face à la violence généralisée de l’humanité, a été tenté de détruire sa création. Suite au déluge YHWH fait alliance avec Noë (souvenez vous l’arc en ciel) et promet de ne plus détruire l’humanité, il prend acte de la violence structurelle de l’homme en lui permettant d’être carnivore alors que dans le jardin d’Eden il était végétarien.

Le rejet pur et simple de la violence est impossible, cela reviendrait à rejeter chaque homme et faire disparaître ainsi l’humanité.

La psychanalyse nous montre le caractère à la fois structurel et ambivalent de la violence. Il n’y a pas d’un coté la violence, de l’autre coté l’amour. Non les deux sont originellement totalement imbriqués. Le nourrisson « dévore » le sein de sa mère. Puis l’enfant est naturellement tyrannique avec ses parents sans qu’il faille donner à ce qualificatif au stade des premières années de la vie, une quelconque connotation péjorative et morale. Cela ne veut pas dire bien entendu qu’il faille laisser faire, rester sans réaction face à ces comportements violents, mais simplement que les parents n’ont pas à porter un jugement moral sur leur enfant et encore moins avoir des réactions de rejet. Ils ont à l’aider à construire progressivement sa propre identité, séparé de ses parents et relié à eux par la Parole.

Nous retrouverons à l’âge adulte cette ambivalence amour-violence dans l’acte sexuel érotique. Il en est même la quintessence. Cela explique pourquoi une certaine morale moralisatrice tentée par l’angélisme peut en venir à rejeter l’acte sexuel lui-même, cet acte qui tout de même donne la vie.

A propos de cette ambivalence amour-violence, Lacan lors d’un de ses séminaires a raillé certains milieux chrétiens qui nous déversent « un déluge d’amour ». Je pense que ce n’est pas le déluge d’amour en soi qu’il faut dénoncer mais plutôt le fait que le déluge verbal traduit plus une expression idéologique que des sentiments profondément et intérieurement ressentis et que ce déluge a pour fonction inconsciente de voiler opportunément des violences intérieures beaucoup moins valorisantes et moins présentables. Ceci explique que chez certaines personnes fortement investies dans des milieux idéologiquement très marqués : chrétiens, non violents, spiritualistes ou autre, on voit tout à coup surgir d’une façon surprenante des violences très primaires en parfaite contradiction avec l’idéal dont ils se font les porteurs. L’inconscient se venge brutalement du déni de cette ambivalence amour-violence.

Pour mettre de la lumière sur cette ambivalence de l’amour-violence, nous avons déjà vu l’importance de la dimension symbolique de la parole, de l’inter-dit qui crée la distance, le couple séparation-lien qui ouvre l’espace où le « Je » pourra se construire dans une décentration du « moi ».

Mais avant de se décentrer, le « moi » doit exister et cette affirmation du moi est déjà par elle même une violence. On ne se pose qu’en s’opposant.

Les guerres de YHWH sont pour le peuple d’Israël cette affirmation de son « moi », de son existence propre. Sans elles il n’y aurait tout simplement plus de peuple. La violence est consubstantielle à sa survie dans les premières phases de son existence.

Les interdits dans ce livre prennent la forme de l’anathème qui a pour but de séparer le peuple d’Israël des autres peuples. Sans ces interdits, sans ces anathèmes, plus de distance entre ce peuple et son environnement. L’identité de ce peuple serait dissoute.

Il ne faut donc pas trop s’étonner si les livres de Josué et des Juges, genèse et enfance de ce peuple sont particulièrement violents. YHWH ne fait pas dans l’angélisme et est même prêt à voir la violence de son peuple mise sur son dos.

Les livres de sagesse de la Bible où la dénonciation de la guerre et de la violence tiennent une place importante, n’apparaîtront que plusieurs siècles plus tard à un âge plus avancé du peuple d’Israël.

Encore une fois on peut lire la Bible comme l’histoire de cette dé-intrication de l’amour et de la violence. Mais pour suivre ce cheminement qui va s’avérer extrêmement difficile, laborieux, la pédagogie biblique nous amène à prendre acte de cette violence, à la regarder en face, à la porter plutôt qu’à la rejeter pour pouvoir progressivement la transformer, la retourner comme nous le verrons par la suite.

En résumé,

Nous devons donc nous attacher dans notre lecture du livre de Josué à déceler les spécificités de ces guerres de YHWH qui ne sont encore que d’infimes germes de cette lente évolution qui doit nous mener à terme vers une éradication totale de la guerre et de la violence.

  • la conquête est un don, résultat de la promesse. La terre appartient à YHWH. Israël n’en est pas propriétaire. L’usage de cette terre d’abondance est lié et justifié par l’écoute de la Parole et l’application de la Loi.
  • La guerre a pour but de faire disparaître l’idôlatrie du milieu environnant du peuple d’Israël. La guerre de YHWH n’est pas une guerre nationaliste. En effet le soutien de YHWH dans ces guerres est loin d’être inconditionnelle et aveugle. Plus même, l’infidélité du peuple envers YHWH, son détournement de l’écoute de la Parole, verra cette guerre se retourner contre lui.
  • La guerre ne doit pas être l’occasion pour chacun d’assouvir ses convoitises personnelles. C’est le sens de l’épisode de l’échec devant la ville de Aï (Jos 7), par la faute d’Akan :

En vérité c’est moi qui ait péché contre YHWH, j’avais vu dans le butin une cape de Shinear d’une beauté unique deux cents sicles d’argent et un lingot d’or d’un poids de cinquante sicles. Je les ai convoités et je les ai pris (Jos 7,21)

Mais là encore alors qu’il avait exigé du peuple qu’il ne prenne aucun butin à l’ennemi, après cet épisode YHWH, réaliste, adoucit son interdiction :

« Cependant vous pourrez prendre pour vous comme butin ses dépouilles et son bétail » (Jos 8,2)

 Les guerres de YHWH ont pour objectifs de confirmer l’alliance entre le peuple d’Israël et son Dieu, alliance qui constitue son identité. Elles ne doivent être ni des guerres nationalistes ni des guerres où la violence permet d’assouvir ses convoitises.

Lecture symbolique des « guerres de YHWH ».

Enfin un dernier type de lecture, la lecture « symbolique » peut donner à ces textes une actualité et une portée universelle en dégageant la portée spirituelle de cette histoire de guerre, de conquête.

Ce livre est un appel à l’audace, au courage, à surmonter la peur par la confiance en la parole de YHWH.

Le cheminement spirituel n’est pas un long fleuve tranquille. Il est un combat (Cf Jacob

).

Ce combat peut prendre des formes très diverses suivant l’histoire et le charisme de chacun. Il peut prendre la forme très concrète d’ actions militantes dans le champ politique, social ou professionnel.

Combats pour la justice, pour défendre la cause « de la veuve, du pauvre et de l’orphelin »,…

Les guerres contre les peuples idolâtres symbolisent nos combats personnels contre nos propres idoles qui nous encerclent et peuvent nous faire perdre notre âme, nous rendre esclave : l’argent, la notoriété, la course après toutes les satisfactions, la fuite en avant dans la consommation, la soif de puissance, etc…

Plus profondément encore ce combat est une lutte contre nos démons intérieurs, cette violence que l’on cache, ces jalousies que l’on refoule et qui nous minent de l’intérieur. Combat dans la dépression.

Toute la bible est parsemée de ces chants de combat et pas uniquement dans le premier Testament.

Le Magnificat de la « douce » Marie, enceinte de Jésus, est un chant de combat révolutionnaire pas si doux que ça.

Il (YHWH) est intervenu de toute la force de son bras, Il a dispersé les orgueilleux, Il a jeté les puissants à bas de leur trône, et il a élevé les humbles, les affamés il les a comblés de biens et les riches , il les a renvoyés les mains vides (Luc 1,51-53)

Paul, parmi d’autres, dans sa lettre aux Ephésiens, au coeur de l’annonce de l’amour et de la paix victorieuse, reprendra ces images et ces accents guerriers pour illustrer ce combat spirituel qui nous attend :

Pour finir armez vous de force… Revêtez l’armure de Dieu… Debout donc ! A la taille, la vérité pour ceinturon, la justice pour cuirasse et comme chaussures, l’élan pour annoncer l’évangile de la paix… Prenez surtout le bouclier de la foi… Recevez enfin le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est à dire de la Parole de Dieu… Priez afin que je trouve dans cet Evangile la hardiesse nécessaire pour en parler comme je le dois (Eph 6,10-20)

Enfin cette dimension de combat très présent dans les écrits prophétiques vont trouver leur plénitude symbolique dans les écrits bibliques de type apocalyptiques.

Ce sera par exemple la vision dans le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, de la lutte victorieuse de La Femme contre le Dragon qui symbolise la victoire définitive, le triomphe de la Vie sur la Mort (Ap ch.12).

publié le 29 mai 2011

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