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Introduction

Ce dernier des livres dits « historiques », recouvre une période de près de trois siècles, de l’an 850 environ jusqu’à la prise de Jérusalem et la déportation du peuple à Babylone en 587. Comme le livre précédent dont il est la suite, nous avons affaire à un mélange de chroniques royales en général assez sèches et de récits merveilleux, beaucoup plus détaillés, autour de l’action de prophètes : essentiellement celles d’ Elisée qui a reçu « l’esprit d’Elie », puis à la fin du livre celles d’Esaïe.

Dans cette lecture plusieurs facteurs rendent  mal-aisé l’intégration et la mémorisation  chronologique des événements :

  • le récit entrecroise intimement les deux royaumes dont les rois portent des noms souvent assez semblables et même parfois identiques avec quelques années de décalage.
  • les dates des règnes ne sont pas données d’une façon absolue (le système de datation absolu que nous utilisons par rapport à la naissance théorique de Jésus-Christ était évidemment inexistant !). Les dates des règnes des rois de Juda sont données par rapport aux règnes des rois d’Israël et réciproquement, ce qui ne facilite pas la mémorisation de la chronologie, d’autant qu’il a pu se glisser ça et là des erreurs de chiffres. Les dates qui figurent dans les annexes de la plupart des traductions sont le fruit d’un long travail de reconstitution des historiens qui s’appuie aussi sur des recoupements avec les quelques rares et précieuses informations extra bibliques, qui nous sont parvenues de l’histoire des peuples environnants.
  • enfin il y a une très grande inégalité dans le traitement des faits. En effet des périodes assez longues ne feront l’objet que de quelques versets tandis que l’auteur détaillera beaucoup plus longuement des périodes très courtes. C’est ainsi que le règne d’Omri dans le livre précédent ne fait l’objet que de 3 versets secs et ravageurs (1R 16, 23-26), alors qu’il fut le fondateur de la ville de Samarie et que l’on sait par ailleurs qu’il fut un grand roi, reconnu comme tel par ses voisins (voir stèle de Mesha au musée du Louvre). Il y a là clairement une intention théologique dans l’écriture de l’histoire. L’importance que l’auteur donne à certains faits traduit sa volonté d’ apporter un éclairage théologique pour comprendre la succession chronologique des événements  et inciter ainsi le peuple à en tirer les leçons.

 

L’impression première de cette lecture un peu fastidieuse, il faut bien le dire, est assez triste et sombre.

Décadence du pouvoir politico-religieux des deux royaumes.

Ce deuxième livre des rois s’ouvre sur un récit très révélateur d’une sorte de régression sacrale de la part de la plupart des rois des cette période.

Achazias

Le roi Achazias, blessé suite à une chute de son balcon, cherche à consulter un Baal, Baal-zeboub (d’où le Beelzebout des évangiles Mt 12,23) pour savoir s’il s’en remettra. Elie s’interpose à trois reprises face à cette demande sacrilège qui constitue une grave infidélité à Yhwh, « N’y a-t-il pas de Dieu en Israël pour que vous alliez consulter Beelzeboul » (2R 1,3) et lui annonce sa mort.
Le culte des Baals et Astartée était (re)devenu  pratique courante en Israël. Cette divinité  cananéenne très en faveur dans le pays de Canaan comme sur la cote phénicienne, gère le ciel, elle est maître de la foudre et de la pluie. Son importance est donc cruciale pour cette société agraire si dépendante de la pluie pour assurer sa subsistance. Mieux valait donc mettre tous les atouts de son coté, même si ce culte s’accompagnait de pratiques considérées comme abominables aux yeux des partisans de Yahvé: les sacrifices humains et la prostitution sacrée. Car comme nous pouvons le voir en (1R 3 ,16) l’immolation humaine du premier-né était perçu comme un sacrifice très précieux pour Baal .

Jézabel

Un sommet dans l’infidélité fut atteint, nous l’avons vu la dernière fois, sous le règne d’Achab, roi d’Israël, avec la reine Jezabel qui avait fait assassiner tous les prophètes de Yhwh et poursuivi Elie de sa haine.

Leur fils Joram fera un peu marche arrière par rapport à ses parents, il détruira une stèle de Baal (3,2) et obtiendra même le soutien dans un premier temps du prophète Elisée pour battre le roi de Moab (ch. 3), mais il ne mettra pas fin aux agissements de sa mère Jézabel et Elisée refusera alors son soutien.

Comment ! la paix ? Alors que continuent les débauches et les innombrables sorcelleries de ta mère Jézabel (2R 9,22)

Athalie

De son coté leur fille Athalie, épouse de Joram, roi de Juda, à ne pas confondre avec Joram son frère, roi d’Israël (c’est pas très facile à suivre!) était elle aussi très partisane de Baal. A la mort de son mari, leur fils Achazias une fois au pouvoir, suit les traces de sa mère et de sa grand mère Jézabel .

Jehu

Elisée prépare alors une sorte de putsch, en investissant de l’onction royale, un certain Jéhu pour tenter de mettre un terme à toutes ces dérives. Cette conspiration aboutit et lors d’une bataille, Jehu met à mort, en une seule fois, la fameuse Jézabel, son fils Joram roi d’Israël, et son petit fils Achazias, roi de Juda (ch. 9). Il extermine aussi tous les serviteurs des Baals, mais … ce personnage de Jéhu est ambiguë, une fois au pouvoir il se garde pour lui les veaux d’or qui étaient à Béthel et à Dan !

Mais Jéhu n’eût pas soin de marcher de tout son cœur selon la Loi de Yhwh, il ne s’écarta pas des péchés que Jeroboam avait fait commettre à Israël. (2R 10,31)

Athalie (2R 11),  prend alors la décision incroyable de supprimer toute la descendance de son fils Achazias, sans doute pour se garder pour elle seule, le pouvoir à la fois sur Israël et sur Juda. Son projet revenait à annihiler la promesse de Yhwh de garder éternellement une descendance à David, d’assurer la venue d’un Messie.

Joas

Heureusement une fille d’Athalie, Yehoshéva, réussit à soustraire le petit Joas, au projet funeste de sa grand-mère (2R 11,2). Joas est sacré roi de Juda et sa grand mère Athalie fut mis à mort (835 av. J.C.). Cette histoire terrible d’Athalie, inspira une des plus belles tragédies de Jean Racine (1691)

Huit ans déjà passés, une impie étrangère
Du sceptre de David usurpe tous les droits,
Se baigne impunément dans le sang de nos Rois,
Des enfants de son fils détestable homicide,
Et même contre Dieu lève son bras perfide.(Racine, Athalie)

Joas fut un bon roi et entreprit des réparations dans le Temple, cependant précise le chroniqueur

Les hauts-lieux ne disparurent  pas et le peuple continuait à offrir des sacrifices
et à brûler de l’encens sur les hauts-lieux (2R12,5)

Fin du royaume d’Israel en 721

Dans la suite des chroniques détaillant les aléas politiques et militaires des différents rois d’Israël et de Juda, on perçoit la montée de la pression des royaumes environnants. L’arrière plan international, assez absent jusque là, se fait de plus en plus prégnant. L’avènement en 883 d’Assurnasirpal II en Assyrie, vient bouleverser la situation géopolitique de la région. Les souverains assyriens vont progressivement  faire monter la pression sur leurs petits voisins du sud, le royaume d’Aram (Damas) en premier lieu, puis le royaume d’Israël.
Finalement en 721 l’empereur Salmanazar V s’empare de la ville de Samarie. La population est exilée dans ces pays du nord, pendant qu’inversement, d’autres populations venus du nord s’installent à Samarie. Les dieux étant attachés aux lieux, les nouvelles populations en arrivant en Samarie ont adopté, entre autre, le culte de Yhwh renforçant ainsi le syncrétisme religieux déjà à l’œuvre.

Ils (ces nouvelles populations) craignirent Yhwh
Tout en craignant Yhwh ils continuèrent à servir leur propre dieux,
selon le rite des nations d’où on les avait déportés.
Aujourd’hui encore ils ne craignent pas Yhwh ; ils n’agissent pas selon les commandements et les rites devenus les leurs, ni selon la Loi et l’ordre que Yhwh a prescrits aux fils de Jacob à qui il a donné le nom d’Israël. (2R,17, 32-35)

Remarquez dans ce passage, l’ambivalence de l’expression « craindre Yhwh » dont nous avons déjà parlée :
d’un coté il est dit que ces peuples craignirent Yhwh, et juste après qu’ils ne craignent pas Yhwh.
Dans le premier cas la crainte est une peur du dieu local, Yhwh, dont on cherche à capter la bienveillance en observant des rites auxquels on attribue un pouvoir magique comme cela est bien décrit dans les versets précédents. Ils pratiquent ces rites sans percevoir, sans en assumer le sens profond . Dans le deuxième cas il s’agit bien de la saine crainte où les rites ne sont pas des opérations magiques mais l’expression de symboles destinés à rappeler à chacun l’histoire, l’alliance avec Yhwh qui engage dans une éthique.

Ce brassage ethnique et religieux en Samarie est à l’origine d’un certain mépris des juifs de Jérusalem pour les samaritains que l’on retrouvera très explicitement dans les évangiles ( la rencontre avec la Samaritaine, la parabole du bon Samaritain, etc…).

Le chapitre 17 (versets 7 à 23) est une synthèse théologique qui détaille les causes de la disparition du royaume d’Israël :

Tout cela est arrivé parce que les fils d’Israël ont péché contre Yhwh…
Ils ont érigé des stèles et des poteaux sacrés sur toutes les collines…
ils ont raidi leur nuque…ils n’ont pas cru en Yhwh…
ils ont rejeté les lois ainsi que l’alliance faite avec leurs pères…
ils ont couru après des riens et les voilà réduits à rien …
ils ont fait passé par le feu leurs fils et leurs filles ;
ils ont consulté les oracles, pratiqué la divination.

En 721, le royaume de Juda lui, est épargné mais affaibli.

Vers la fin du royaume de Juda (de 721 à 587)

Le chroniqueur va passer rapidement et surtout d’une façon très disproportionnée sur ces 150 années. La lecture de la fin du deuxième livre des rois (Ch. 18 à 25) en est simplifiée du fait de la disparition du royaume du nord.
Le règne d’ Ezéchias (716-687) et celui de Josias (640-609) sont traités assez longuement car ces deux rois se sont retournés vers Yhwh, tandis que ceux de Manassé (687-642) et d’Amon (642-640) sont traités très sèchement. La raison en est toujours théologique. En parlant de Manassé :

Il bâtit des autels à toute l’armée des cieux dans les deux parvis de la maison de Yhwh
Il fit passer son fils par le feu
il pratiqua incantation, magie et divinations (2R 21,5-6)

alors que des  travaux archéologiques récents tendent par exemple à montrer que Manassé fut un grand roi.
Le règne de Josias fut marqué par un événement d’une grande importance: suite à la décision du roi de faire de grands travaux de restauration dans le temple, un livre est découvert, le Livre de la Loi (probablement une partie au moins du livre du Deutéronome). Cette découverte va enclencher une réforme religieuse importante, soutenue par les prophètes comme nous allons le voir plus loin. Malheureusement la vigueur de cette réforme ne sera pas poursuivie par les souverains suivants et le chroniqueur ne croit plus dans la possibilité de conversion du peuple.

Au chapitre 24, la domination de Nabuchodonosor, empereur de Babylone, sur le monde est présenté comme un ordre de Yhwh pour écarter les péchés de son peuple. En 597, sous le règne de Joaqim, une première déportation de l’élite du peuple de Jérusalem eût lieu à destination de Babylone, suivie dix ans plus tard, en 587, sous le règne de Sédécias, de la destruction de la ville de Jérusalem et d’une deuxième déportation vers Babylone d’une partie restante du peuple.

Cette lecture très sombre et angoissante du deuxième livre des rois marque la fin de l’histoire d’Israël en tant que nation et donc, normalement, sa disparition progressive du champ de l’histoire en tant que peuple.
Face à ces erreurs des rois, ces fausses pistes qui ne menèrent qu’au rien,
face à ces péchés qui emporteront le peuple dans la défaite et le feront retomber en d’esclavage,
face à cette disparition tragique du royaume et de la royauté,
qu’en est-il de cette promesse d’une dynastie éternelle faite à David par Yhwh ?

Ce questionnement déjà sous-jacent dans ces livres des rois va alimenter à partir des années 780 jusqu’au retour d’exil de Babylone (521) une très riche littérature, inédite dans l’histoire de l’humanité, « les livres des prophètes ».

Émergence d’un force intellectuelle et spirituelle: le prophétisme

Nous avons vu la dernière fois dans le premier livre des rois, avec l’histoire d’Elie, que parallèlement à cette impuissance des institutions politiques et religieuses d’Israël à transmuter les formes traditionnelles du sacré, le chroniqueur met en avant des forces qui ne puisent pas leur origine dans ce champ institutionnel, des forces qui sont investies directement par Yhwh, sur une personne particulière, un Prophète.
Avec Elie, nous avons noté que cette force, capable d’accomplir des miracles, étaient néanmoins apparemment aussi peu perceptible qu’un souffle « ténu ». Elle met l’accent sur la dimension intérieure, personnelle de l’individu, à travers la rencontre. De cette rencontre, elle semble néanmoins puiser une grande audace pour affronter les grands, peut-être moins dans l’espoir de les transformer, que de faire prendre conscience au peuple de leur trahison.
Trahisons qui délégitiment, fragilisent et finalement rendent dérisoires l’exercice même de ces pouvoirs qui ont abandonnés leur mission d’éducation et de transformation de la vie collective, sociale, politique et religieuse du peuple.
Cette force nous la voyons à nouveau à l’œuvre dans ce deuxième livre des rois en la personne d’Elisée, fils spirituel d’Elie. Les chapitres 2 à 7 nous racontent en détail ses multiples actions.
Nous y retrouvons une grande similitude avec celles d’Elie : le vase d’huile qui ne se tarit pas, la résurrection du fils de la shounamite, l’assainissement d’un potage empoisonné (ch 4). Comme pour Elie et peut-être plus encore, certains de ces miracles comme la multiplication des pains (2R, 4, 42-44) et la guérison d’un chef militaire d’un autre pays, Naaman, du pays d’Aram (ch. 5), préfigurent ceux de Jésus relatés dans les évangiles.
[Avec ce dernier miracle, comme pour Jésus, c’est la dimension universelle de ces actions qui est soulignée. Elles dépassent les frontières et les appartenances pour s’attacher à des signes qui touchent le cœur de tout homme quelque soit sa fonction ou son pays. Comment ces miracles, hors du cadre strict du peuple d’Israël peuvent ils constituer un apport au questionnement sur la fidélité de Yhwh à Israël ? ]

Ces  deux grandes figures du prophétisme, Elie et Elisée, révélés par ces livres dits « historiques » par les uns ou « prophétiques » par les autres, justement du fait du rôle central de ces personnages, ne sont pas les seuls ; ce qualificatif de « prophète », nous l’avons vu attribué à Samuel (1S ), à Natan (2S et 1R), prophète de David, et à d’autres moins connus comme Ahiyya (1R,12) ou le Michée de 1R 22 (à ne pas confondre avec le Michée qui écrira un recueil, 150 ans plus tard, vers 720).

Origine du « prophétisme »

Voyants et devins

Nous avons déjà remarqué, à l’occasion de la lecture des chapitres 23 et 24 du Livre des Nombres, où un certain Balaam, rattaché au roi de Moab, est chargé par lui de vaticiner contre Yhwh, que le prophétisme biblique s’enracinait dans des pratiques communes à toutes les civilisations :
En Mésopotamie, à cette époque on trouve des « baru », sortes de voyants, fonctionnaires rattachés aux temples et chargés de prédire l’avenir.
Dans les livres de Samuel et des Rois, on voit de grands personnages comme Saül (1S 14,18), David (2S 2,1) ou Achab (1R 5,12) faire appel à ce même type de professionnels avant de prendre de graves décisions.
On trouve aussi dans ces régions de l’est méditerranéen, d’autres types de devins, des « muhhu », spécialistes de l’extase qui se mettant dans des états seconds, rentrent en communication avec la divinité; possédés par elle, leur bouche devient la bouche même de dieu, saisis de convulsions ce qu’ils prononcent devient oracle.

Danses et transes

Ces sociétés primitives sont très friandes de ces transes divinatoires. Pour atteindre ces états de délire toutes sortes de techniques étaient utilisées telles que la musique, des danses très rythmées, des battements de mains, des cris, des mutilations,… David lui-même lors du transfert de l’Arche d’alliance à Jérusalem, avec de  la musique et des danses, aura un comportement assez similaire (2S 6,14).  Cependant dans la Bible on verra apparaître rapidement un regard critique sur ces pratiques ancestrales. Par exemple Elie ironise sur la gesticulation des prophètes de Baal :

Ils se mirent à danser devant l’autel…ils criaient plus fort ;
ils se tailladaient suivant leurs coutumes, avec épées et lances, jusqu’à ce que le sang coule » (1R,18,28)

Plus tard, Esaïe fera une description extrêmement sévère du comportement lamentable de certains prophètes d’Israël :

Ils titubent sous l’effet du vin, chancellent sous l’effet des liqueurs fortes
ils titubent en ayant des visions; ils trébuchent en rendant leurs sentences.
Oui toutes les tables sont pleines de vomissements abjects; pas une place nette (Es , 28,7)

Ambivalence des frères prophètes
Ce dernier passage montre bien qu’il y eut en Israël, à une certaine époque (entre 1200 et 700 av. J.C.) à l’instar des peuples environnants, des bandes de prophètes, des « bene-nebiim » que l’on traduit dans nos bibles par « fils de prophètes » ou « frères prophètes ».
Nous en avons trouvé la trace dans différents endroits en Palestine : à Guivéa (1S 10,10), à Rama (1S 19,20), à Béthel (2R 2,3), à Jéricho (2R 2,5), à Samarie (1R 22,10).
Nous avons vu Jézabel massacrer 500 prophètes de Yhwh (1R 18). On pense qu’il s’agissait de communauté, vivant pauvrement un peu à part de la société (ancêtres de notre monachisme?), spécialisée dans l’animation de la liturgie et dans les exercices d’extase.
Ainsi Samuel à Saül :

Là quand tu entreras dans la ville (Guivéa), tu tomberas sur une bande de prophètes,
descendant du haut lieu, précédés de harpes, de tambourins, de flûtes et de cithares .
Ils seront en proie à une transe prophétique.
Alors fondera sur toi l’esprit de Yhwh,
tu entreras en transe avec eux et tu seras changé en un autre homme (1S 10, 5)

Dans ce passage, ces communautés marginales sont perçues positivement.
Tantôt ils sont perçus positivement comme des groupes contestataires qui par leur vie austère et nomade, rappellent à l’ordre une société inégalitaire qui s’embourgeoise. Tantôt leurs extases paraissent suspects, sinon ridicules. Le peuple ironise sur les délires paranoïaque de Saül  « Saül est-il aussi parmi les prophètes ? » (1S 10,11). La société souvent se méfiait de ces groupes marginaux ; on voit des gamins s’en amuser et leur jeter des pierres.

Le prophète écrivain

C’est de ce terreau ambivalent que surgissent ces individus mentionnés plus haut, épris de fidélité religieuse qui contestent énergiquement le despotisme des rois et leur infidélité à Yhwh. Au 8ème siècle, une centaine d’année après les actions extraordinaires d’Elie et Elisée, relatés dans ces deux livres des rois, au cœur même de cette décadence politique et religieuse évoquée plus haut, va voir le jour, en Israël, un autre type de prophétisme, le prophète-écrivain.

Ces personnages de cette époque sombre de la fin de la royauté qui couvre globalement trois siècles (de 800 à 500 av. J.C.), par la puissance de leurs lectures des événements politiques, leurs diatribes contre la vie sociale et religieuse, doublée pour beaucoup d’un grand talent d’écrivain, vont conduire le peuple, à travers toutes les épreuves qu’ils vont traverser, dans un long travail de recherche de compréhension et d’approfondissement de leur foi en Yhwh. Pour beaucoup d’historiens, ces prophètes écrivains sont les véritables fondateurs du peuple juif et de sa religion.

Ils constituent un phénomène unique aux conséquences universelles et irréversibles dans l’histoire religieuse de l’humanité, en particulier par l’écho qui lui en sera donné au delà du judaïsme, par le christianisme.

 

 

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