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L’ensemble des livres de la Bible s’inscrit dans le temps qui parcourt les deux millénaires avant notre ère jusqu’au premier siècle après J.C. pour les bibles chrétiennes. Ces livres sont encadrés au début et à la fin par deux livres de type «  récits mythologiques » :

–  le premier « le livre de la Genèse » est comme son nom l’indique le récit des commencements, commencement de l’univers (cosmogonie), commencement de l’Homme, commencement du peuple d’Israël.
– Le dernier (pour les bibles chrétiennes) est le livre de l’Apocalypse qui est un récit eschatologique (fin des temps).

Fondement et Finalité

Ces deux termes, commencement et fin, ne doivent pas être compris dans la Bible comme une simple indication chronologique. Dans le terme de « genèse » il y a l’idée de principe fondateur. Au commencement sont les fondations, la base d’une construction. Ce texte cherche à nous transmettre les fondements, les principes sur lesquels toute l’histoire biblique va se construire.
De même le dernier livre n’est pas seulement le récit de la fin des temps, mais surtout la révélation (apocalypse = révélation) de la finalité même du temps.
Autrement dit ces deux livres veulent apporter du sens à la vie de l’homme. Le mot « sens » étant à prendre dans la double acception de ce terme en français, compréhension d’une part et direction d’autre part. Ils apportent des signifiants et la vérité de ces textes doit être mesurée à l’aune des signes qu’ils véhiculent et en aucun cas sur l’exactitude des faits rapportés, qu’ils soient de type cosmologique ou historique. Nous autres, cartésiens avons parfois un peu de mal à comprendre le sens des mythes, à distinguer vérité et exactitude.

Le sens des mythes.

Toutes les cultures, toutes les civilisations ont cherché, par l’intermédiaire d’un récit, à expliquer des phénomènes observables, dont l’origine échappe aux possibilités de compréhension de la raison humaine. Pour tenter de répondre à ces énigmes que sont la naissance de l’univers, la procréation, la violence entre les hommes, etc…l’esprit humain fait alors appel à des intervenants extraordinaires, qui sortent du cadre de l’observable.
Ces récits, du fait de l’action de ces intervenants extérieurs au monde connu, seront qualifiés de mythiques (du mot grec muthos = récit, à noter qu’en grec il y a un autre mot très proche de muthos, c’est le mot logos = parole ; du premier découlera les mots mystère, mythe, mystique et du second le mot logique ; parole des poètes, des artistes d’un côté, parole des philosophes, des scientifiques de l’autre).
A l’instar de toutes les autres cultures des civilisations environnantes, le peuple hébreu a éprouvé le besoin de créer ses propres récits mythiques.

Mythes et sciences.

Les sciences naturelles ont beaucoup progressé depuis ces temps anciens et apportent de nombreuses informations qui semblent rendre caduques les explications données par les mythes. La science nous donne de nouvelles explications sur l’enchainement des phénomènes, réduisant d’autant, semble-t-il, le champ d’expression des mythes. L’humanité a pu espérer un moment pouvoir rejeter tous ces récits dans les ténèbres d’un passé ignare et révolu…  mais force est de constater que la science ne pourra jamais mettre un terme à notre questionnement sur l’origine et la finalité du monde et de l’humanité. Ce questionnement, sauf à nier tout sens à notre existence sur terre – ce que la science ne pourra bien entendu jamais démontrer d’autant qu’elle est, elle-même, quête de sens dans son champ de connaissance – laisse ouvert un autre champ de connaissance, le champ du religieux, inaccessible aux sciences dites « dures ». Ces dernières restent tout de même dans leur rôle quand elles dénoncent, à juste titre, les interprétations qui confèrent, au contenu de ces récits mythiques, une prétention d’exactitude scientifique.
Cependant ces textes sont aussi le produit d’une civilisation donnée qui donne une certaine vision de l’humain et comme tels ils rentrent bien dans le champ d’étude des sciences humaines. C’est ainsi que, surtout ces dernières décennies, il y a un regain d’intérêt de spécialistes de ces sciences pour ces récits mythiques et certains se sont penchés de très près, en particulier sur ce livre de la Genèse dans sa langue originelle, l’hébreu. C’est le fait naturellement d’anthropologues ou d’ethnologues, mais aussi et c’est sans doute plus nouveau, de psychologues ou de psychanalystes. En effet à travers ces récits ce sont des pans entiers de notre psychisme, de notre inconscient qui semblent bien se révéler. Comme tels ils gardent une extraordinaire actualité. Cette confrontation entre le champ religieux et le champ des sciences du psychisme, est non seulement possible mais souhaitable. Elle produit des clefs d’interprétation nouvelles très enrichissantes. Paradoxalement aujourd’hui ce sont souvent des « psy » qui encouragent les religieux à s’intéresser à ces textes, un peu délaissés par ces derniers qui les considérent comme trop obscurs, trop difficiles d’accès, trop archaïques pour faire l’objet d’un enseignement. Ils leur préfèrent par exemple les évangiles qui semblent plus parlant, plus accessibles. Pourtant le nouveau testament lui-même fait parfois écho à ce livre de la Genèse. Il nous faut donc y regarder de plus près…

A quelle époque le livre de la Genèse a-t’ il été écrit ?

En lisant ces récits, les scientifiques peuvent approcher la période autour de laquelle certains passages ont été écrits. En effet il est assez facile de déceler dans ces récits les apports empruntés à d’autres récits mythiques des civilisations environnantes. C’est ainsi par exemple que l’on a retrouvé dans les civilisations voisines, égyptiennes ou sumériennes, l’utilisation d’images symboliques identiques, comme celle de l’arbre, du serpent, du déluge, de l’arche, de la tour, etc… on retrouve aussi très souvent dans ces mythes des luttes fratricides.
Ces emprunts nous permettent ainsi de dater avec une relative précision l’écriture de certains passages. Par exemple le récit de la tour de Babel (Gn 11) n’a très certainement été écrit qu’après l’exil du peuple hébreu à Babylone en 587 avant notre ère, exil au cours duquel  ils ont pu découvrir ces fameuses ziggourats, sortes de temples-tours à étages dont les archéologues ont pu retrouver des vestiges dans cette région. D’autres passages du livre de la Genèse sont très probablement plus anciens. A ce jour les experts sont d’accord pour dire que ce livre est une concaténation d’écrits de différentes époques mais ils débattent encore sur l’identité et la datation de ses sources. Ils s’accordent cependant sur une fourchette assez large, comprise entre le VIIIème et Vème  avant notre ère. Il faut noter que bien que figurant en premier dans la Bible, du fait de la chronologie des faits rapportés, ces écrits ne sont pas les plus anciens. On trouvera dans les livres qui suivent la Genèse, des passages qui reflètent une origine nettement plus ancienne.
L’intérêt de cette lecture du livre de la Genèse que nous allons maintenant aborder sera de relever la façon tout à fait remarquable avec laquelle leurs auteurs ont utilisé ces images mythiques communes pour élaborer des scénarios tout à fait originaux qui se démarquent assez radicalement des autres mythes.

publié le 18 novembre 2014

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