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Introduction

Après les livres d’Isaïe et de Jérémie, celui d’Ezéchiel est  le troisième et dernier des « grands prophètes ».  C’est un livre difficile et déconcertant, œuvre d’un génie complexe que l’on pourrait même traiter de maladif (bipolaire ?) alternant des passages  flamboyants qui nous portent au plus sublime, avec des descriptions sensuelles assez crues pour ne pas dire vulgaires (Ez 16). Ce prophète était un poète visionnaire que l’on pourrait considérer comme un lointain ancêtre du surréalisme. Il est l’un des grands précurseurs d’un nouveau genre littéraire, l’apocalyptique ou révélation finale.  Il semble même que l’intégration de ce livre dans la collection des livres dit « canoniques » de la Bible Hébraïque (Tanakh), par les rabbins réunis en synode au premier siècle de notre ère pour établir cette liste, ne fit pas consensus. Il fallut beaucoup de palabres pour lever les hésitations de certains. Peu cité dans le nouveau Testament surtout au regard des multiples citations d’Isaïe, il n’en représente pas moins un tournant dans l’histoire du prophétisme d’Israël. Ezéchiel était un prêtre, expert du culte dont la vie va être bouleversée  par une vision de la « Gloire de Dieu » qui va faire de lui un prophète dans la période la plus tragique de l’histoire d’Israël, la déportation .  A cette période charnière,  son action sera déterminante dans  l’évolution religieuse de son époque.

Contexte politique

Les dates des oracles peuvent être déterminées  avec assez de précisions, Ezéchiel s’attachant à chaque fois à donner le contexte historique. Son activité prophétique a commencé à une date que l’on peut situer en 593 av jc, entre la première déportation (597) et la seconde (587). Contemporain de Jérémie, contrairement à ce dernier resté à Jérusalem, il est déporté dès 597 à Babylone. Il intervient à une période politique cruciale où l’identité même du peuple d’Israël est menacée.
En effet quel peut être l’avenir d’un peuple qui  n’a plus ni  territoire ni temple et dont la population est fracturée entre une élite déportée dans une cité prestigieuse et une classe populaire restée à Jérusalem entièrement sous la coupe de l’occupant ?

Face à cette situation dramatique,  les élites entretiennent  l’espoir d’un retour à Jérusalem tandis que du côté des habitants de Jérusalem on cherche à se libérer, militairement si nécessaire,  de la tutelle de Nabuchodonosor.

Ezéchiel dénonce ces deux types d’illusions et à contre-courant il prédit une catastrophe  encore pire que la précédente, il annonce la destruction totale de la ville de Jérusalem et de son temple. Evènements qui se produiront effectivement en 587.

Naissance d’une nouvelle identité : le judaïsme

De ce désastre absolu naitra paradoxalement une profonde mutation de l’identité du peuple et de  l’idée du sacré.
Ezéchiel  porte la grande particularité d’être le premier prophète à porter la parole de Yhwh hors de la terre d’Israël. Pour les exilés à Babylone cet aspect d’extra-territorialité de l’action d’Ezéchiel constitue en soi un message d’espérance : Yhwh n’abandonne pas son peuple malgré la disparition de tout ce qui constituait apparemment son identité, l’objet des promesses : un territoire, une dynastie royale descendant de David, le temple de Jérusalem construit par Salomon. Cela va modifier en profondeur chez ce peuple déraciné, dépossédé de tous ses signes d’appartenance, la perception de son identité.

Yhwh, le Dieu d’Israël, en se manifestant en terre étrangère apparait comme maître des évènements. Les empires ne sont que des instruments entre ses mains. Les souffrances du peuple sont des conséquences de ses dérives par rapport à l’alliance, elles sont des « corrections », c’est-à-dire qu’elles ont pour but de redresser ce qui est tordu. A travers ces châtiments, la fidélité de Yhwh envers son peuple est irrévocable,  Il va renouveler son alliance et régénérer son  peuple. Ce sera un tournant fondamental dans l’histoire d’Israël et plus généralement pour  l’histoire religieuse de  l’humanité.  De la monolâtrie (culte d’un seul dieu au sein d’un peuple) va s’affirmer explicitement  le monothéisme proprement dit. Avec la déportation,  l’intervention des prophètes et celle d’Ezéchiel en particulier à Babylone même,  s’ouvre une nouvelle page de l’histoire d’Israël et de l’histoire religieuse de l’humanité, ce sera la naissance du Judaïsme.

Caractéristiques du Judaïsme naissant

Nous avons très peu de renseignement sur la vie des exilés à Babylone. Le livre d’Ezéchiel nous donne incidemment quelques pistes : on peut penser qu’ils ont été regroupés en certains points, en particulier au  village de Tel-Aviv (Ez 3,15) et qu’ils disposaient d’une certaine liberté de mouvement. Au sein de ces petits groupes d’exilés, la nécessité de se remémorer la promesse d’alliance de Yhwh avec son peuple, de comprendre comment  on en est arrivé à ces évènements dramatiques,  va placer l’étude des textes, la quête d’une intelligence des évènements, au premier plan, avant même la pratique du culte. Désormais cette «  Parole » fixée et transmisse par des écrits au sein d’une terre étrangère va être le ferment d’une mutation profonde  de l’idée même du sacré

Le  culte sera désormais intrinsèquement lié au rappel des paroles et des évènements de l’histoire du peuple. Le culte n’est plus associé aux cycles de la nature mais à l’histoire. On sort du temps cyclique pour rentrer dans le temps linéaire.
Autre évolution religieuse dont  Ezéchiel  fut un acteur important : dans ce contexte dramatique, on passe d’une religiosité sociologique collective à des rapports beaucoup plus personnels avec Dieu, avec le développement des responsabilités individuelles. Désormais la vie donnée par Yhwh ne passera plus par les chemins traditionnels, les sacrifices dans le Temple sur la terre promise. Le salut du peuple  en terre étrangère sans prêtres, sans Roi, sans Temple sera possible par la conversion individuelle, le rapport direct et personnel  de chacun avec Yhwh.

Structure du Livre

La structure du livre est assez logique.
Avant la destruction de Jérusalem (587 av jc)
– la vocation du prophète (Ez 1.1–3.21),
– les oracles annonçant le jugement de Jérusalem (Ez 3.22–24.27),
– le châtiment des nations (Ez 25–32)

Après la destruction de Jérusalem
– la restauration du peuple anéanti (Ez 33–37).
– la bataille décisive du peuple de Dieu affronté à de terribles ennemis (Gog et
Magog) (Ez 38–39).
– Vision depuis une très haute montagne d’un temple nouveau où le peuple sera renou6666velé par l’exercice du droit et de la justice (Ez 40–48)

Avant la destruction de Jérusalem

Vision inaugurale et Vocation du prophète (Ez 1-6)

(Lire: Ez 1,1-14 ; 2 et 3, 1-15.)

Le livre débute par une vision grandiose (Ez 1, 1-14) où les images du texte, vastes et complexes se substituent  le plus souvent à la parole, pour manifester la sublime transcendance de Dieu  que les mots ne peuvent exprimer. Il est probable que la description des « êtres vivants » fantastiques  à quatre visages et à quatre ailes aient été inspirés aux prophètes par des peintures murales vues à Babylone (certaines proches de la description d’Ezéchiel ont été retrouvées en Mésopotamie). Cette théophanie vécue par Ezéchiel reprend la symbolique bestiaire de ces grandes civilisations mésopotamiennes pour manifester la « Gloire de Dieu ». Elle donne du poids à son envoi en mission et au message qu’il est chargé de transmettre à son peuple déraciné, perdu,  loin de sa terre.
« C’était l’aspect, la ressemblance de la GLOIRE de YHVH
Je regardai et me jetai face contre terre ; j’entendis une voix qui parlait. » (Ez 1,28)
L’expression  de « Gloire de YHWH » désigne YHWH lui-même dans sa puissance, sa beauté en référence aux autres grandes théophanies de Moïse au Sinaï, de Elie à L’Horeb, associées à l’arche d’Alliance, puis au Temple.

Ezéchiel reçoit alors l’ordre de manger un rouleau : « Fils d’homme, écoute ce que je te dis : ne sois pas rebelle, comme cette engeance de rebelles ; ouvre la bouche et mange ce que je vais te donner. »  Je regardai : une main était tendue vers moi, tenant un livre enroulé. Elle le déploya devant moi ; il était écrit des deux côtés ; on y avait écrit des plaintes, des gémissements, des cris. Il me dit : « Fils d’homme, mange-le, mange ce rouleau ; ensuite tu iras parler à la maison d’Israël. ».  J’ouvris la bouche et il me fit manger ce rouleau.  Il me dit : « Fils d’homme, nourris-toi et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai : il fut dans ma bouche d’une douceur de miel. Il me dit : « Fils d’homme, va ; rends-toi auprès de la maison d’Israël et parle-leur avec mes paroles. Car ce n’est pas vers un peuple au parler impénétrable et à la langue épaisse que tu es envoyé ; c’est à la maison d’Israël. »(Ez 2,8-3,5)

A noter le paradoxe de cette expérience très charnelle, comment cet écrit portant des paroles de « plaintes, de gémissements, de cris » une fois mis à la bouche pour remplir ses entrailles avait un goût « d’une douceur de miel » ?
« Alors l’Esprit me souleva et j’entendis derrière moi le bruit d’une grande clameur : « Bénie soit en son lieu la gloire de YHWH ! », puis le bruit des ailes des vivants, se heurtant l’une l’autre, et en même temps, le bruit des roues et le bruit d’une grande clameur. Alors l’Esprit me souleva et m’emporta ; j’allai, amer et l’esprit irrité ; la main de YHWH était sur moi, très dure.  J’arrivai chez les déportés, à Tel-Aviv, chez ceux qui résident près du fleuve Kebar – car c’est là qu’ils résident – et je résidai là sept jours, hébété, au milieu d’eux » (3,12-15)

Après cette théophanie, Ezéchiel met sept jours à s’en remettre, à l’issue desquels il est établi dans une mission de « guetteur ».
Le guetteur c’est celui qui est placé en haut de la muraille d’une cité ou sur une hauteur d’un champ de bataille pour faire le guet. Le guetteur c’est celui qui « voit » et transmet des informations sur ce qu’il voit. Sa mission est « d’avertir », elle est tout à fait vitale ; en cas de défaillance de leur part, ils seront tenu pour responsable des malheurs, du guetteur peut dépendre la survie du peuple tout entier(Es  52,8). Là Ezéchiel est chargé d’avertir le méchant (le peuple), de le mettre en garde contre sa mauvaise conduite (Ez 3,18)

Jugement et condamnation de Jérusalem (Ez 7-32)

Depuis Babylone, Ezéchiel doit annoncer à Jérusalem  un malheur généralisé : « c’est la fin ! »
« Toutes les mains seront défaillantes ; tous les genoux fondront en eau. Ils se ceindront de sacs, un frisson les saisira. Sur tous les visages, la honte et sur toutes les têtes, cheveux tondus.  Ils jetteront leur argent dans les rues ; leur or sera une souillure, leur argent et leur or ne pourront les sauver, au jour de la fureur du YHWH, leurs gosiers ne seront pas rassasiés, et leurs entrailles ne seront pas remplies ; car l’or et l’argent sont la cause de leur péché. De leur splendide parure, ils ont fait leur orgueil ; ils en ont fait leurs images abominables, leurs horreurs ; c’est pourquoi j’en ferai leur souillure»(Ez 7,17-20).
Et il conclut par cette formule  surprenante: « alors ils connaîtront que je suis YHWH. » (Ez 7,27) qui reviendra comme un refrain  (Ez 11,12 ; 12,16 ; 12,20 ;…).
Dans cette révélation de Dieu,  ce don de Dieu, il y a aussi un châtiment, qui en soi ne sépare pas de Dieu. Il est un barrage pour arrêter les hommes qui se fourvoient dans leur suffisance. L’éducation de la liberté n’a pu se faire sans correction.
Cependant la souffrance du châtiment sera aussi portée par des hommes justes par solidarité avec les injustes (le serviteur souffrant d’Isaïe, le Christ sur la croix).
[Pour le sens de la « correction » liée à la Loi, voir : (Jdt 8,27), ( Pr 3.11-12 ; Sg 3.1-6)] Quittant son endurcissement, l’homme sera libéré.

Ezéchiel est transporté par une vision au temple de Jérusalem (Ez 8) pour constater toutes les « abominations » qui y sont perpétrées :
–  on encense « toutes sortes d’images de reptiles et de bêtes – une horreur – et toutes les idoles de la maison d’Israël dessinées tout autour sur le mur. » (Ez 8,10)
– Les femmes pleurent Tammouz (un dieu akkadien de la floraison), les hommes se prosternent devant le soleil et le pays est rempli de violence (Ez 8,14-18).
La vision très solennelle du châtiment prend la forme de six hommes « chacun avait en main son instrument d’extermination ». Seuls seront épargnés ceux qui souffrent et gémissent de toutes ces abominations : «  Au milieu d’eux il y avait un homme vêtu de lins, avec une écritoire de scribe à la ceinture… La Gloire du Dieu d’Israël s’éleva au-dessus du chérubin sur lequel elle se trouvait et se dirigea vers le seuil de la Maison ; alors il appela l’homme vêtu de lin et portant une écritoire à la ceinture.  Le YHWH lui dit : « Passe au milieu de la ville, au milieu de Jérusalem ; fais une marque sur le front des hommes qui gémissent et se plaignent à cause de toutes les abominations qui se commettent au milieu d’elle. »  Puis je l’entendis dire aux autres : « Passez dans la ville à sa suite et frappez ; que vos yeux soient sans compassion et vous sans pitié.  Vieillards, jeunes hommes et jeunes filles, enfants et femmes, vous les tuerez jusqu’à l’extermination ; mais ne vous approchez de personne qui portera la marque. Vous commencerez par le sanctuaire. » Ils commencèrent alors par les anciens qui étaient devant la Maison.  Il leur dit : « Souillez la Maison et remplissez de morts les parvis… Allez ! » (Ez 9 ,3+)

Au  ch. 10, vision de quatre roues et des chérubins aux quatre faces : une face de chérubin, une face d’homme, une face de lion et le quatrième une face d’aigle. La Gloire de Yhwh quitte le temple. (Ez 10,14)
Parole de réconfort pour ceux qui sont  exilés à Babylone :
 «  Il y eut une parole du YHXH pour moi : « Fils d’homme, tous tes frères, les gens de ta parenté, toute la maison d’Israël, dans sa totalité, auxquels les habitants de Jérusalem disent : “Restez loin du YHWH; c’est à nous que cette terre a été donnée en possession !”  Dis-leur donc : Ainsi parle le Seigneur DIEU : Même si je les ai éloignés parmi les nations et les ai dispersés dans les pays, j’ai été un peu pour eux un sanctuaire dans les pays où ils sont allés.  Dis-leur donc : Ainsi parle le Seigneur DIEU : je vous rassemblerai du milieu des peuples et je vous réunirai des pays où vous avez été dispersés ; puis je vous donnerai la terre d’Israël.  Ils y viendront et en ôteront toutes les horreurs et toutes les abominations. Je leur donnerai un cœur loyal ; je mettrai en vous un esprit neuf ; je leur enlèverai du corps leur cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu’ils marchent selon mes lois, qu’ils gardent mes coutumes et qu’ils les accomplissent. Ils seront mon peuple et je serai leur Dieu.»(Ez 11,14-21)

L’exil a déchiré le peuple : il y a désormais les exilés à Babylone d’une part et ceux qui sont restés à Jérusalem d’autre part. Ces derniers, semblent  t’ils, considèrent que désormais les premiers ont été punis et ont donc perdu toute légitimité sur la terre d’Israël. Le prophète au contraire annonce que Yhwh dans sa fidélité à sa promesse va changer le cœur de ces déportés et qu’ils seront au cœur de ce renouveau d’Israël, ils seront chargés de nettoyer toutes les « abominations » (pratiques cultuelles aux idoles et injustices) . Entre ces lignes on voit pointer ici le conflit qui va polluer longtemps les relations entre ces deux  types de population.

– Présage de la deuxième déportation (587) avec la Parabole du baluchon du déporté (Ez 12, 1-17)

– Détournement de la beauté de Jérusalem  pour des amours coupables : ( Ez 16)

-La vigne jetée au feu (Ez 15)

-Les amours coupables  de Jérusalem (Ez 16)

– A qui la faute ?  Ez 18 (voir aussi Ez 33). Problème de la rétribution posé mais non complètement résolu.

– Histoire des deux sœurs qui se prostituent : Ohola (Samarie) et Oholiba (Jérusalem) : Ez 23

Après la destruction de Jérusalem

-Les pasteurs d’Israël : comparaisons avec les brebis qui abusent et promesse d’un bon berger : (Ez 34, 17-31).

– Promesse de restauration nationale et spirituelle : Ez 36,16 -37

– Vision des Ossements :  Ez 37

– La bataille finale, Gog et Magog : Ez 38 ; 39

 

 

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